"Gilets jaunes" : le plan de crise à l'épreuve des députés

Publié le 05/12/2018 - 08:42
Mis à jour le 05/12/2018 - 08:42

L’exécutif défend ce mercredi 5 décembre 2018 son plan de sortie de crise devant l’Assemblée nationale, au lendemain d’annonces visant à apaiser les « gilets jaunes » et à réduire le risque d’un nouveau week-end de violences. Dans le Doubs, trois points de rassemblement s’étaient à nouveau formés à 8h00 au niveau d’Ecole-Valentin, Isle-sur-le-Doubs et Voujeaucourt.
 

image d'illustration ©Alexane Alfaro ©
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Le Premier ministre Edouard Philippe doit faire à 15h00 une déclaration "sur la fiscalité écologique et ses conséquences sur le pouvoir d'achat" devant les députés. Elle sera suivie de 3H30 au total d'interventions d'orateurs des groupes politiques, la moitié du temps étant dévolu aux oppositions.

La procédure est prévue par la Constitution, mais elle est assez rare, et n'a jamais été mise en oeuvre sur un sujet brûlant d'actualité. Pour le gouvernement - qui répètera l'opération jeudi au Sénat, cette fois sans vote -, il s'agit d'enfoncer le clou après l'annonce d'un moratoire de six mois sur la hausse de la taxe carbone, d'un gel des tarifs du gaz et de l'électricité cet hiver, et du renoncement à durcir le contrôle technique automobile avant l'été.

Trois semaines de blocage

Ces mesures, parmi les plus demandées par les "gilets jaunes", et que presque toute la classe politique - à l'exception des écologistes - préconisait, constituent un recul pour l'exécutif, qui insistait jusqu'à ces derniers jours sur sa détermination à "garder le cap" fiscal de la transition écologique.

Emmanuel Macron et son Premier ministre ont fini par considérer qu'elles s'imposaient après trois semaines de blocages dans toute la France, ponctuées par deux samedis émaillés par des scènes d'émeutes, en particulier à Paris.

Image troublante sur l'état de tension du pays : le président, cible privilégiée des critiques depuis la première journée de mobilisation contre la hausse des taxes sur les carburants, a été hué et insulté lors d'une visite surprise en fin de journée mardi à la préfecture du Puy-en-Velay, qui avait été incendiée samedi en marge d'un rassemblement de "gilets jaunes". La cote de confiance du chef de l'Etat s'est effondrée à 23% (-6), selon un sondage Ifop-Fiducial.

Selon un conseiller de Matignon, il n'est "pas sûr que l'exécutif ait tout mis sur la table". Quelques cartes, dont une suppression anticipée de la taxe d'habitation, resteraient à jouer. Selon un sondage BVA publié mardi soir, sept Français sur dix considèrent qu’un report de la hausse des prix des carburants prévue au 1er janvier justifierait l'arrêt des manifestations des "gilets jaunes".

Mais partout en France, les appels sur les réseaux sociaux à se mobiliser une nouvelle fois ce samedi sont pour l'heure maintenus. Éric Drouet, l'un des instigateurs du mouvement parmi les plus connus des "gilets jaunes", a appelé à "retourner à Paris" samedi, "près des lieux de pouvoirs, les Champs-Élysées, l'Arc de Triomphe, Concorde".

"Mal de vivre"

Dans l'immédiat, les partis d'opposition continuent de plaider un changement de politique. La présidente du groupe PS à l'Assemblée, Valérie Rabault, a ainsi défendu mardi soir la mise en oeuvre d'une "social-écologie" contre les inégalités.

Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, relève que "le souci d’apaisement d’Édouard Philippe tranche avec l’obstination affichée il y a encore quelques jours. Mais après trois semaines de tensions et de violences, l’heure n’est plus à la demi-mesure".

Pour l'Insoumis François Ruffin, les mesures annoncées, "ça ne répond pas au mal de vivre". Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a invité "les gilets jaunes raisonnables" à ne pas se rassembler à Paris samedi, et a promis d'accroître la mobilisation des forces de l'ordre en France. Les Républicains demandent le retour de l'état d'urgence, "seule mesure" qui permettrait selon eux de prévenir le retour des violences.

Le gouvernement craint aussi une extension de la colère à d'autres secteurs. Mardi, de nouveaux incidents ont éclaté devant des lycées de la région parisienne, et Marseille reste particulièrement touchée.

Des dégradations à l'Arc de Triomphe

Treize personnes, dont un mineur, soupçonnées d'avoir commis samedi des dégradations à l'Arc de Triomphe, doivent être présentées à un juge d'instruction en vue d'une éventuelle mise en examen. Et depuis lundi soir, 62 personnes majeures soupçonnées de violences dans la capitale samedi ont été déférées au parquet de Paris, s'ajoutant aux 163 déjà déférées auparavant, selon un nouveau bilan du ministère public.

La suspension de taxes annoncée mardi rebat les cartes budgétaires pour 2019, alimentant les doutes sur la capacité de la France à maintenir son déficit sous la limite européenne des 3% du PIB.

De Washington, le président américain Donald Trump a ironisé mardi sur les concessions faites par son homologue français Emmanuel Macron aux "gilets jaunes" sur les taxes sur les carburants, estimant qu'elles démontraient que l'accord de Paris sur le climat était voué à l'échec.

(Source AFP)

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