Séisme annoncé, séisme avéré, séisme assumé ?

Publié le 07/12/2015 - 12:25
Mis à jour le 16/04/2019 - 15:00

 Comment le Front national a vécu cette soirée du premier tour de l’élection régionale en Bourgogne Franche-Comté ? Que nous apprennent les résultats de ce dimanche 6 décembre 2015 pour la suite du scrutin ? Quelles tractations pour le second tour ? Albert Ziri était au QG de campagne de Sophie Montel à Besançon. Il nous fait vivre sa soirée et tourne son regard sur le second tour de dimanche prochain…

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Le regard d’Albert

Un dimanche électoral de bouleversement peut en annoncer un autre. 

La soirée d’hier a plutôt été sage, dans cet hôtel à la sortie de Besançon où le FN réunissait ses sympathisants pour cette soirée électorale pourtant au goût de victoire. Car, oui, verdict des urnes, hier dimanche 6 décembre, n’a pas démenti les sondages.  Le Front national, dans l’hexagone se tient largement devant LR/UDI et le PS. Marine Le Pen avait alors beau jeu dans son intervention télévisée de qualifier son parti, le FN, de premier parti de France…avec en ligne de mire la présidentielle de 2017.

La formation frontiste est arrivée en tête dans 6 régions. Avec cartons pleins, à plus de 40% pour Marine Le Pen dans le Nord, Marion-Maréchal Le Pen en PACA. En Alsace plus de 30%.  Chez nous aussi en Bourgogne Franche-Comté avec 31, 5% la candidate du FN, Sophie Montel est devant la liste LR/UDI de François Sauvadet, 24% et celle PS de Marie Guite Dufay, 23%.

Pas de triomphalisme au FN

Sophie Montel, hier soir, n’a pas caché sa joie, mais en gardant la mesure. Pas de triomphalisme. Elle semblait appréhender la semaine à venir, avant le second tour, avec la réserve tactique de celle qui a déjà plusieurs campagnes électorales à son actif. "Ce sera exaltant" dira-t-elle assez sobrement.

Bien sûr elle raillera ses adversaires, surtout de droite, lors de sa première intervention à la télévision régionale. Mais somme toute que du classique. Chacun dans sa posture. 

Dans la salle, bien sûr, les invités, staff de campagne pour l’essentiel, une petite trentaine de personnes, applaudissent à l’annonce des scores du FN un peu partout en France. Ils applaudissent un peu plus fort, certes, lors de l’apparition de Marine Le Pen et Marion Maréchal Le Pen. Ils moquent un peu l’apparition de Sarkozy à la télé, mais sans bronca ni sifflets…sages on vous dit.

La soirée d’ailleurs ne s’éternisera pas, à 22 heures ne restaient plus que quelques journalistes en train de ranger leur matériel et les derniers responsables FN, sur le départ et tout sourire, leur donnant rendez-vous, sans trop appuyer, pour dimanche prochain signifiant ainsi que ce second tour serait, ils l’espèrent bien, leur tour, le leur…

Des réserves de voix étroites

Pendant ce temps, à Besançon et Dijon, mais pas seulement, les responsables de LR/UDI et ceux du PS, chacun de leur côté, se réunissaient pour évaluer, préparer leurs stratégies en vue du second tour.

À droite comme à gauche les réserves de voix sont étroites (en tenant compte des seuls suffrages exprimés) dans les partis politiques du même bord. François Sauvadet peut bien sûr faire du pied à Debout La France. Les 5, 1 % obtenus par les souverainistes leur permettant de fusionner. Mais même avec cet apport, le compte n’y est toujours pas pour espérer l’emporter. Il lui en faudrait plus, beaucoup plus, la liste LR/UDI a réalisé un score décevant pour ses troupes, en dessous des espérances. Peut-être trop centriste pour l’électorat de droite. Il faudrait une fine analyse, d’ailleurs pour évaluer dans le vote FN la part des voix de droite…dés le premier tour.

À gauche, certes, on peut estimer avoir mieux résisté que prévu, mais le résultat est nettement insuffisant. Contre toute attente les listes PC-MRC-Front de Gauche et EELV plafonnent sous les 5%. Donc pas de possibilité de fusionner avec celle du PS. Il n’y a donc pas eu de négociation la nuit dernière sur cette base-là.

Mais quelles tractations pour le second tour ? Avec qui ? Le PC, probablement. Avec le MRC, oui pourquoi pas. Mais avec le parti de Jean-Luc Mélenchon cela semble tout simplement impossible. Ses dirigeants nationaux restent virulents dans leurs critiques du PS et du gouvernement, comme en témoignaient leurs prises de paroles hier dans les médias. Et ce même si localement, dans notre région, leurs représentants apportent leur soutien à la candidate socialiste restée en lice.

Certains, à propos de la gauche, vantent la multiplicité de ses aspects. L’observateur trouve plus juste d’insister sur les contradictions qui la minent. Partie divisée, la gauche reste difficile à unir tant sa diversité est conflictuelle. À moins que les divergences ne cèdent devant l’urgence…L’espoir fait vivre paraît-il ! 

Un "sursaut républicain" espèré...

Et c’est bien à la réponse à cette urgence que fait référence Marie-Guite Dufay en appelant au "sursaut républicain". Un "sursaut de la gauche (…) comme en février dernier" ajoutait dimanche soir sur France 3 Denis Sommer, vice-président de l’assemblée régionale sortante en Franche-Comté. Lors de la législative partielle, celle de la circonscription d’Audincourt, cette alliance, qu’il souhaite voir se renouveler, avait ainsi fait barrage au FN, le PS conservant le siège que beaucoup pensaient perdu de Pierre Moscovici parti pour les instances européennes.

En somme une sorte de front républicain, mais difficile à organiser tant les états-majors des formations de droite y sont opposés. Ils l’ont dit et répété.

Dans l’urgence du moment, les responsables PS dans le Nord, en PACA et en Alsace on fait le choix de se retirer, sur ordre de la rue de Solferino. Ainsi ils espèrent que l’exécutif de ces conseils régionaux ne tombera aux mains du FN et que ce parti sera ainsi maintenu dans l’opposition même au prix de l’absence de la gauche, le temps de cette mandature qui s’ouvre. Une décision qui passe mal, très mal auprès des militants socialistes.

La droite, elle, refuse tout désistement, tout front républicain. C’est le credo de Nicolas Sarkozy. 

En Bourgogne Franche-Comté le faible écart, un petit point entre droite et gauche, permet à la liste PS de se maintenir et permet aussi de croire à une (im)possible victoire.  Petit rappel utile, certains sondages parus la semaine dernière donnaient la liste de gauche gagnante deux fois… 

Alors en vue de cette triangulaire, chacun en appellera à ceux de son camp, et aussi à tenter d’amener à lui les voix des abstentionnistes. Mais comment faire se déplacer, au second tour, ceux qui ne sont pas venus voter au premier. Notamment les jeunes, ces grands absents des isoloirs aux dires de beaucoup de responsables bureaux de vote. 

Battre le rappel

Car il va falloir que la droite et la gauche mobilisent leurs troupes, si l’une ou l’autre de ces listes veut vraiment l’emporter.Il va leur falloir battre le rappel. 

Car un bon connaisseur de l’histoire électorale et de notre territoire régional, m’expliquait hier après-midi, qu’en matière d’élection, la dynamique des quinze derniers jours imprime de sa marque le scrutin, quelle renforce le parti qui a le vent en poupe, qu’il se trouve ainsi porté plus haut. Et que cette tendance peut être irréversible. Et que c’est ce parti qui l’emporte.

En hausse de presque 6 points depuis les attentats de Paris, le FN confirmait hier sa montée quand des deux autres grands blocs, l’un marquait le pas, l’autre s’essoufflait. Cette règle, vérifiée ce dimanche avec le résultat que nous savons, peut bien se trouver confirmée dimanche prochain.

Et peut-être que la fête des militants et sympathisants FN sera alors plus bruyante qu’hier … 

Et vous, qu’en pensez-vous ?

 Albert Ziri

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