Selon une étude Linkee/Ipsos citée par la BAF, près de neuf étudiants précaires sur dix disposent de moins de 800 euros de ressources mensuelles et près de la moitié vivent avec moins de 400 euros. Une fois les charges fixes réglées, 69 % disposeraient de moins de 100 euros par mois.
La BAF met ces données en regard du seuil de pauvreté fixé, selon la définition retenue par l’Insee, à 1 337 euros mensuels pour une personne seule, soit 60 % du revenu médian en 2024.
Un budget mensuel moyen de 917 euros pour la vie courante
L’indicateur 2026 estime à 917 euros par mois les frais de vie courante d’un étudiant franc-comtois. Cette estimation comprend notamment le logement, l’alimentation, les transports, les loisirs, la téléphonie et internet, les vêtements ainsi que les produits d’hygiène et d’entretien.
Le logement constitue le principal poste de dépense, avec une moyenne annoncée de 421 euros par mois, soit près de 45 % des dépenses courantes. L’alimentation représente, elle, près de 20 % du budget.
La BAF souligne que cette situation pèse particulièrement sur les étudiants qui disposent de peu ou pas de soutien familial : ”C’est donc chaque mois un véritable combat qui se lance afin de garder les finances à flot et de réussir à tenir jusqu’à la fin du mois.” L’organisation estime également que ces contraintes financières peuvent avoir des conséquences sur les conditions d’études et sur le bien-être des étudiants.
À Besançon, un marché du logement moins cher que dans les grandes métropoles
Selon les données de LocService utilisées par la BAF, le loyer moyen d’un studio à Besançon s’élève à environ 433 euros, contre 583 euros en moyenne dans le reste de la France. Le montant annoncé est d’environ 400 euros à Belfort et 390 euros à Montbéliard. Ces niveaux restent toutefois inférieurs à ceux observés dans les grandes métropoles. À Paris, le budget moyen consacré au logement atteindrait ainsi 962 euros.
La BAF relève néanmoins plusieurs difficultés sur le marché bisontin. Elle cite notamment une baisse de la mobilité résidentielle : 23,8 % des logements auraient changé de locataire en 2025, contre 36,7 % en 2015.
Les petits logements, particulièrement recherchés par les étudiants, représentent également une part importante du marché. Selon les données citées par la fédération, studios et T1 représentent 46 % des locations réalisées au cours des douze derniers mois.
À cela s’ajoute la concentration de la demande étudiante sur certains secteurs de Besançon, notamment le centre-ville et Montrapon-Montboucons, à des périodes correspondant aux phases d’admission de Parcoursup et de Mon Master.
36 000 étudiants et une offre de logements Crous limitée
La question du logement se pose également au regard du nombre d’étudiants présents sur le territoire. Selon l’Insee, près de 36 000 étudiants étaient inscrits dans un établissement d’enseignement supérieur en Franche-Comté en 2024. Le territoire compte environ 3 200 logements étudiants Crous, répartis notamment entre Besançon et le Nord Franche-Comté.
La BAF estime que près de 70 % des étudiants franc-comtois sont décohabitants, c’est-à-dire qu’ils ne vivent plus chez leurs parents. En s’appuyant sur des données de l’Observatoire de la vie étudiante, elle avance ainsi le ratio d’environ un logement Crous pour huit étudiants décohabitants.
Cette tension pèse directement sur le budget disponible après paiement du loyer. Selon l’enquête logement FAGE 2026 citée par la BAF, 52,19 % des étudiants disposeraient de moins de 200 euros après avoir payé leur loyer, tandis que 22 % auraient moins de 100 euros.
Face à cette situation, la BAF demande notamment le retour à l’universalisation des APL, le gel des loyers et charges des logements Crous ainsi qu’une augmentation importante du parc de logements étudiants. Elle demande également, à court terme, le conventionnement de résidences privées par les Crous afin de proposer des loyers sociaux.
Précarité alimentaire : les épiceries AGORAé comme réponse locale
L’alimentation constitue le deuxième grand poste de dépenses identifié par la BAF. L’organisation cite une consultation menée dans le cadre de ”Bouge ton Crous” en 2024, selon laquelle 20 % des étudiants ne mangeraient pas à leur faim.
La BAF rappelle également les résultats de son baromètre de la précarité étudiante : 66 % des bénéficiaires des AGORAé au niveau national déclareraient sauter des repas chaque semaine.
Les conséquences ne seraient pas uniquement financières. La BAF cite une étude du Centre de recherche et d’information nutritionnelles (CERIN), selon laquelle l’insécurité alimentaire concernerait près de 20 % des étudiants et pourrait notamment être associée à de la fatigue, du stress et des difficultés de concentration.
Le repas universitaire à 1 euro constitue, selon la fédération, une évolution positive. La BAF appelle toutefois à garantir son accès sur l’ensemble des territoires et à renforcer les moyens consacrés à la restauration universitaire.
Deux AGORAé en Franche-Comté
La BAF s’appuie également sur son réseau d’épiceries sociales et solidaires AGORAé. Ces structures permettent aux étudiants remplissant les critères sociaux d’acheter des produits à un tarif inférieur au prix du marché.
La première AGORAé franc-comtoise a ouvert en 2021 sur le campus de la Bouloie, à Besançon. Une seconde structure a ensuite été mise en place sur le campus santé des Hauts du Chazal en 2023. Une AGORAé a également ouvert à Montbéliard en février 2025, mais elle est actuellement temporairement fermée.
Selon les chiffres communiqués par la BAF, les AGORAé de son réseau ont enregistré depuis leur création plus de 12 000 passages en caisse et distribué plus de 75 000 kg de denrées alimentaires, pour une valeur annoncée de 250 000 euros.
La fédération estime que ces distributions représentent plus de 225 000 euros d’économies pour les étudiants franc-comtois.
Des paniers de légumes bio et locaux sont également proposés deux fois par mois sur les campus bisontins, au tarif de 3 euros.
Transports : 17,38 euros en transports en commun, 126 euros avec une voiture
Les transports constituent un autre poste de dépenses étudiantes. L’indicateur estime à 17,38 euros par mois le coût moyen des transports en commun.
La BAF relève que les principaux pôles universitaires disposent d’offres tarifaires adaptées aux étudiants, à l’exception de Belfort, où le demi-tarif est réservé aux étudiants boursiers.
Cette moyenne ne tient toutefois pas compte des éventuels abonnements régionaux Mobigo, qui peuvent augmenter la facture pour les étudiants effectuant des déplacements entre plusieurs territoires.
Pour les étudiants vivant dans des secteurs ruraux, la voiture reste souvent nécessaire. La BAF cite une donnée de l’Insee selon laquelle 39 % de la population étudiante franc-comtoise vivrait dans des espaces ruraux.
Le coût mensuel moyen lié à la voiture est estimé à 126 euros dans l’indicateur.
La fédération demande donc le développement de solutions de transport alternatives dans les zones rurales et la mise en place, à terme, d’un ”Pass Intégré Étudiant”.
Loisirs et santé mentale : des dépenses souvent sacrifiées
Lorsque le budget devient trop contraint, les loisirs figurent parmi les premières dépenses réduites par les étudiants.
La BAF cite le baromètre Cop1/Ifop 2025, selon lequel plus de 66 % des étudiants déclarent ressentir principalement des émotions négatives telles que la fatigue, le sentiment de débordement ou la solitude. Près de 34 % déclareraient régulièrement souffrir de solitude.
Pour la fédération, l’accès aux loisirs participe pourtant à l’équilibre de vie et peut contribuer aux conditions de réussite universitaire.
La question rejoint celle de la santé mentale. Selon les chiffres cités par la BAF, seuls 47 % des étudiants s’estimeraient suffisamment informés sur les aides psychologiques auxquelles ils peuvent avoir recours.
L’organisation demande notamment un meilleur accès aux services de vie étudiante, aux infrastructures sportives et aux activités culturelles, y compris sur les sites universitaires éloignés des principaux campus.
Frais pédagogiques : des dépenses qui peuvent s’ajouter au budget
Au-delà des dépenses quotidiennes, certains cursus nécessitent des achats spécifiques : livres, matériel de travaux pratiques, logiciels ou équipements.
La BAF cite notamment l’exemple des études de médecine, avec un coût pouvant atteindre 660 euros pour certains manuels d’anatomie, et celui de l’odontologie, pour lequel le matériel pourrait représenter environ 800 euros.
Ces montants sont issus de moyennes établies au niveau national à partir des remontées des fédérations de filière, précise la méthodologie de l’indicateur.
La BAF demande une meilleure prise en charge par l’État des frais complémentaires nécessaires à la réussite des étudiants ainsi qu’un contrôle renforcé des éventuels frais obligatoires illégaux.
CVEC : 105 euros en 2026
Les droits d’inscription et la Contribution de vie étudiante et de campus (CVEC) constituent également une partie des frais spécifiques de rentrée.
Les étudiants boursiers sont exonérés de ces frais. La BAF souligne toutefois que les barèmes des bourses n’ont pas été indexés sur l’inflation depuis 2023, ce qui, selon elle, peut conduire certains étudiants précaires à sortir progressivement des critères d’attribution.
La CVEC s’élève à 105 euros en 2026, contre 90 euros en 2018. La fédération demande notamment davantage de transparence sur l’utilisation de cette contribution et souhaite, à terme, sa prise en charge par l’État.
Les étudiants extra-communautaires particulièrement concernés
La BAF consacre une partie importante de son analyse aux étudiants extra-communautaires, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas ressortissants de l’Union européenne, de l’Espace économique européen ou de la Suisse.
Selon la fédération, l’Université Marie et Louis Pasteur accueille chaque année entre 3 000 et 3 500 étudiants extra-communautaires.
Elle alerte notamment sur l’évolution des droits d’inscription différenciés. Pour ces étudiants, les montants peuvent atteindre 2 902 euros en licence, contre 178 euros pour les autres étudiants, et 3 950 euros en master, contre 255 euros.
La BAF souligne que l’UMLP avait jusqu’ici choisi de ne pas appliquer ces droits différenciés.
Elle met également en avant les nouvelles règles concernant les exonérations, ainsi que les évolutions annoncées concernant les aides au logement.
Selon les données communiquées par la fédération, environ 100 000 étudiants extra-communautaires non boursiers pourraient être concernés par les nouvelles conditions d’accès aux APL.
Des conditions d’entrée en France également renforcées
La BAF pointe enfin l’évolution des conditions financières demandées aux étudiants étrangers.
Depuis le 1er août 2026, les ressources mensuelles à justifier pour obtenir un visa long séjour ou un titre de séjour étudiant sont annoncées à 877,50 euros, contre 615 euros auparavant.
La fédération reconnaît que cette évolution peut être liée à l’augmentation générale du coût de la vie, mais estime qu’elle s’ajoute à la hausse d'autres frais administratifs supportés par les étudiants internationaux.
Sur l'ensemble de ces mesures, la BAF demande notamment le retour à des droits d'inscription identiques pour tous les étudiants, l'accès aux aides sociales sans distinction liée à l'origine et l'accès aux bourses sur critères sociaux dès l'arrivée en France.
La réforme des bourses au cœur des revendications
Plus largement, la BAF appelle à une réforme du système des bourses étudiantes. Elle demande notamment l'indexation des montants et des barèmes sur l'inflation ainsi que l'extension du versement aux mois de juillet et août.
L'organisation souhaite également porter à un million le nombre d'étudiants boursiers afin d'inclure davantage de jeunes en situation de précarité.
Pour la BAF, l'enjeu dépasse donc le seul coût de la rentrée : logement, alimentation, mobilité, santé, loisirs et frais liés aux études constituent autant de facteurs qui déterminent les conditions dans lesquelles les étudiants peuvent poursuivre leur cursus.
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L'indicateur 2026, élaboré selon une méthodologie nationale de la FAGE et adaptée aux réalités locales, vise précisément à mesurer ces différents postes de dépenses. Il prend en compte un profil-type : un étudiant de 19 ans entrant en première année de licence, non boursier, décohabitant et inscrit à l'université.
Présente en Franche-Comté depuis 2005, la BAF fédère aujourd'hui près d'une quinzaine d'associations étudiantes à Besançon et Montbéliard. Elle indique faire de la représentation étudiante, de la défense des droits et de la lutte contre la précarité ses principales missions.


