Le Covid-19, reconnu "ennemi de l'humanité" par le patron de l'OMS

Publié le 20/03/2020 - 14:30
Mis à jour le 20/03/2020 - 10:28

L’Italie a enregistré mercredi 18 mars un record quotidien absolu de décès dus au nouveau coronavirus, devenu plus meurtrier en Europe qu’en Asie, suscitant de nouvelles déclarations martiales à travers le monde. Qualifié d' »ennemi de l’humanité » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le virus a fait plonger les Bourses, provoquant le déblocage de milliards d’aide économique.

Coronavirus MERS en 3D © 123RF-Kateryna Kon ©
Coronavirus MERS en 3D © 123RF-Kateryna Kon ©

Partie de Chine en décembre, la maladie Covid-19 a déjà tué plus de 8.700 personnes à travers le monde et plus de 209.500 cas ont été recensés dans 150 pays et territoires. Ce qui a incité plusieurs pays encore réticents à prendre des mesures draconiennes voire de confinement. Plus d'un demi-milliard de personnes appelées à rester chez elles dans le monde.

Le Royaume-Uni, où le seuil des 100 morts a été franchi, a ainsi ordonné la fermeture des écoles à compter de vendredi. Selon l'Unesco, plus de 850 millions de jeunes dans le monde, soit près de la moitié des élèves et étudiants, ont leur établissement scolaire fermé.

Premier mort en Afrique subsaharienne

Les frontières d'Israël seront fermées, comme celle entre les Etats-Unis et le Canada, après bien d'autres.

Tandis que le Portugal s'apprête à décréter l'état d'urgence et le Pérou instaure un couvre-feu nocturne, les Belges, après les Italiens ou les Français, ont à leur tour découvert la vie à la maison, avec des exceptions pour les courses indispensables ou l'activité physique.

Le centre de Paris, avec ses Grands boulevards habituellement grouillants de vie, a des allures de ville morte. Le trafic automobile est quasi-nul.

Gare aux contrevenants: la police française a dressé mercredi 4.095 amendes pour non-respect du confinement obligatoire.

La pandémie a en effet encore accéléré sa progression en Europe, avec 107 nouveaux décès en Espagne en un jour et 89 en France.

Mais c'est en Italie, désormais en toute première ligne, que la planète guette le "pic" de l'épidémie pour savoir à quoi s'attendre dans chaque pays. Et il ne semble pas encore atteint: une semaine après le début du confinement généralisé, la péninsule a enregistré 475 décès en 24 heures, le plus grave bilan quotidien dans un seul pays, dépassant même les données chinoises au plus fort de la maladie à Wuhan, son premier épicentre.

Danger "sous-estimé"

Mercredi à 18h30 GMT, au moins 8.784 décès ont été recensés dans le monde, la majorité en Europe (4.112) et en Asie (3.384). Le coronavirus a aussi fait un premier mort en Afrique subsaharienne, au Burkina Faso. L'Afrique doit "se réveiller" et se "préparer au pire", a prévenu le patron de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Au-delà, il a appelé la planète à se "rassembler" contre cet "ennemi commun, un ennemi de l'humanité".

Après avoir peut-être tous "sous-estimé" le danger, de l'aveu de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, les dirigeants multiplient les déclarations tonitruantes pour afficher leur prise de conscience. Lors d'une allocution solennelle et inédite à la télévision, la chancelière allemande Angela Merkel évoqué "le plus grand défi" qu'ait connu son pays depuis la Seconde Guerre mondiale.

Et Donald Trump, qui a minimisé la menace selon 52% Américains interrogés dans un sondage, a confirmé son changement de ton en invoquant l'exemple des "sacrifices" faits par la génération qui a combattu les nazis. "Maintenant c'est notre tour. Nous devons nous sacrifier ensemble", a-t-il dit depuis la Maison Blanche, se comparant à "un président en temps de guerre" face à un "ennemi invisible".

Dans la foulée, il a promulgué un plan d'aide sociale de 100 milliards de dollars pour les travailleurs touchés par l'impact de l'épidémie, tandis que les négociations se poursuivaient pour un plan de relance autrement plus ambitieux qui pourrait atteindre 1.300 milliards.

La Banque centrale européenne a quant à elle annoncé le déblocage d'une enveloppe de 750 milliards d'euros destinés à des rachats de dette publique et privée. Le président français Emmanuel Macron a salué ces mesures et appelé les Etats de l'UE à des "interventions budgétaires".

Cette pluie de milliards promise a semblé rassurer les marchés : la Bourse de Tokyo a démarré jeudi sur les chapeaux de roue et les cours du pétrole ont bondi. Le monde économique est pourtant de plus en plus à l'arrêt. General Motors et Ford ont ainsi annoncé la suspension de leur production de voitures en Amérique du Nord. La pandémie menace jusqu'à 25 millions d'emplois à travers le monde, en l'absence de réponse coordonnée à l'échelle internationale, a averti l'Organisation internationale du Travail.

De nombreux événements culturels ont déjà été annulés. Dernier en date: le concours de l'Eurovision de la chanson, prévu en mai aux Pays-Bas. Mais aucune décision n'a encore été prise concernant les Jeux olympiques de Tokyo, rendez-vous sportif le plus attendu au monde, aux énormes enjeux financiers, prévu cet été.

"Gestes de tendresse"

En Grande-Bretagne et en Norvège, les gouvernements tentent d'obtenir des pouvoirs extraordinaires pour faire face au virus, pendant que d'autres tentent de faire face à l'afflux de malades dans les hôpitaux.

L'Allemagne va doubler le nombre de lits d'assistance respiratoire et transformer des hôtels et des halles en hôpitaux afin de diminuer la pression sur les services de soins intensifs, tandis que Donald Trump va envoyer à New York un navire-hôpital doté de 1.000 chambres et de salles d'opération. Plus original, le plus grand stade d'Irlande, Croke Park, va servir de laboratoire "drive-in" où les Irlandais pourront se faire tester sans sortir de leur voiture.

S'il reste recommandé d'éviter les contacts physiques, le pape François a rappelé aux familles confinées l'importance "des gestes de tendresse", comme "un plat chaud, une caresse, un câlin, un appel téléphonique".

Pendant que l'Europe se terre, la Chine sort prudemment de son hibernation virale: le nombre de nouvelles contaminations se rapproche chaque jour de zéro et le pays commence à renouer avec un semblant de vie. "J'ai eu très peur", confie Zhang Min, entrepreneur de 50 ans, croisé à Shanghai. "A présent tout va bien. Pas comme à l'étranger, où les gens dévalisent les supermarchés."

(AFP)

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