Plan de relance : soutenir l'irrigation pour allier adaptation au changement climatique et sécurité alimentaire

Publié le 22/08/2020 - 14:58
Mis à jour le 22/08/2020 - 14:58

Pour adapter l’agriculture au réchauffement climatique, le plan de relance parie notamment sur une amélioration de l’irrigation, mal vue par les défenseurs de l’environnement mais jugée nécessaire pour la sécurité alimentaire.

© Pikist ©
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"Pour faire pousser des légumes, des céréales, ou des fruits sur un arbre, il faut de l'eau." Après la troisième sécheresse consécutive, Eric Frétillère, agriculteur dans le sud-ouest et président de l'association des irrigants de France, est catégorique: "sans eau, rien ne pousse."

"Ça existe depuis la Mésopotamie, l'agriculture a besoin de réguler l'eau pour produire de l'alimentation", ajoute Daniel Sauvaitre, président de l'association pommes-poires, dont le label "vergers écoresponsables" couvre les deux tiers des vergers français de pommes et de poires.

Cette année, après le mois de juillet le plus sec depuis 1959, les agriculteurs français ont engrangé 20% de céréales de moins que l'an passé.

Les viticulteurs ont avancé de deux à quatre semaines le premier coup de sécateur des vendanges. Même la récolte de petits pois était au plus bas depuis 30 ans, selon l'association Cénaldi qui regroupe 4.000 producteurs de légumes pour la conserve et la surgélation.

Le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie a annoncé qu'une "part significative du volet agricole du plan de relance" serait consacrée à "l'adaptation des exploitations agricoles au changement climatique". Notamment pour "une meilleure utilisation de la ressource en aidant à investir dans du matériel permettant un usage optimisé de la ressource en eau".

"C'est un impératif si nous voulons préserver l'activité agricole au coeur de nos territoires" et "accélérer la transition agroécologique", a-t-il affirmé.

Les défenseurs de l'irrigation font valoir qu'un peu moins de 5% de la surface agricole utile française est irriguée, moins que la moyenne européenne (5,9% en 2016 selon Eurostat). Contre 20,2% en Italie, 13,2% en Espagne, 23,6% en Grèce, 11% aux Pays-Bas, mais seulement 2,7% en Allemagne et 0,9% en Pologne.

En août 2019, en clôture des Assises de l'eau, l'ancien ministre Didier Guillaume avait autorisé la mise en place d'ici 2022 d'une soixantaine de retenues d'eau, alimentées en hiver, lorsqu'il pleut beaucoup voire trop, pour être utilisées en été.

"Si on ne développe pas le stockage, demain on va importer de plus en plus de produits qu'on ne pourra plus produire ici, venant de pays plus extrêmes que nous en termes de capacité et d'abondance d'eau", prévient M. Frétillère, citant notamment les melons du Maroc.

Conflits d'usage

Mais depuis l'affaire du barrage de Sivens, où le militant écologiste Rémi Fraisse avait été mortellement blessé lors d'affrontements entre forces de l'ordre et opposants au projet, le sujet de l'irrigation (retenues collinaires ou bassines plastifiées) est polémique. Les conflits d'usage entre agriculteurs et écologistes se multiplient et se durcissent, selon un rapport parlementaire de juin.

Ainsi, 21 projets de retenues d'eau sur 34 sont en contentieux judiciaire sur le bassin Aquitaine, et 31 sur 60 sur le bassin Loire-Bretagne.

Les critiques portent sur le risque d'assèchement des nappes profondes et du "milieu" autour de retenues dont la taille est souvent jugée démesurée pour seulement quelques agriculteurs, notamment dans le marais poitevin.

Elles concernent aussi le type des cultures irriguées, comme le maïs gourmand en eau, réclamant une évolution vers des plantes plus adaptées à la sécheresse.

"Les enjeux de l'eau sont très différents d'un endroit à un autre, les sols, le relief et le climat sont différents, il faut trouver des solutions locales", répond Gabrielle Bouleau, ingénieure en chef des eaux et forêts, et chercheuse sur les enjeux politiques de l'eau à l'institut Inrae.

"Dans le sud-ouest, cela va être difficile de continuer à irriguer comme on le fait, car on a déjà observé une diminution moyenne du débit de la Garonne de 30%", observe-t-elle.

Dans d'autres endroits, "on doit pouvoir trouver des solutions d'irrigation judicieuses pour des projets qui ont du sens pour tous les gens autour, pour gérer les enjeux de biodiversité et générer une richesse locale". Parfois aider à réguler crues et inondations qui se multiplient aussi.

Elle préconise que les villes s'impliquent dans les projets de territoires autour de l'irrigation. Avec l'espoir que si les agriculteurs produisent pour leurs voisins urbains, les tensions retombent.

(AFP)

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