Procès Péchier à Besançon : "Pas de hasard ici, il n’y a que des rendez-vous avec la mort"

Publié le 09/12/2025 - 17:56
Mis à jour le 09/12/2025 - 18:49

VIDEO • Ce mardi 9 décembre 2025, plusieurs avocats des parties civiles ont poursuivi leurs plaidoiries devant la cour d’assises de Besançon. Si certains tentent encore de comprendre ce qui s’est passé, d’autres, plus incisifs, accusent et rappellent les faits, dont les éléments "convergent tous" vers Frédéric Péchier.

 © Hélène Loget
© Hélène Loget

La journée a commencé avec l’intervention de Me Louvet pour les docteurs Jeangirad et Assila puis Me Lorach pour les docteurs Serri et Buet. Elle s’est poursuivie avec Me Nicolas Litaize pour Suzanne Ziegler et Damien Iehlen et Me Bresson pour le groupe médical de la clinique Saint-Vincent. S’en suivra Me Bernard pour parler de Bénédicte Boussard, victime rescapée d’un EIG. L’après-midi a vu passer Me Sancey représentant Nicole Deblock, rescapée d’une EIG, Me Vernet, avocat de Sylvie Gaillard, également victime d’un EIG. Suivent les interventions de Me Bouthier pour la patiente décédée Monique Varguet, Me Morgane Richard pour le patient décédé Jean Benoît et la patiente décédée Annie Noblet. Présent dans la salle, le patient Pascal Bobert représenté par Me Viennot. Le cas d’Anne-Marie Gaugey, décédée en 2013, a ensuite été exposé avant la levée de l'audience.

Arrivé en chemise bleue nuit, Frédéric Péchier s’est rendu dans la salle du tribunal accompagné de ses deux filles et son avocat Me Schwerdorffer.

La journée a commencé avec l’intervention de Me Louvet pour les docteurs Martial Jeangirad et Loubna Assila. Si le premier avait, au début, de bons rapports avec Frédéric Péchier, la tension a vite été palpable lorsqu’il s’est opposé à son retour à la clinique Saint-Vincent après son départ pour la Polyclinique. Des rapports également compliqués avec la jeune anesthésiste Assila.

Pour Me Louvet, toute cette histoire est, pour les deux médecins, "un véritable traumatisme qui a trop longtemps été ignoré". Le docteur Jeangirard a connu trois EIG, dont deux mortels, Annie Noblet en 2012 et madame Baugey en 2015. Si le docteur avait de bons rapports avec Frédéric Péchier, ces derniers se sont ternis lorsqu’il s’est opposé à son retour à la clinique Saint-Vincent. Le premier EIG arrivera un mois après. S’en suivra un climat délétère avec le médecin Assila, qui reviendra à la clinique après un arrêt-maladie de six semaines. Elle aura un premier EIG le jour de son retour, le 21 novembre 2016 avec la mort du patient Quenillet.

"En 8 ans, aucun nom n’est sorti"

Me Lorach est intervenue pour les docteurs Buet et Serri. Elle a évoqué l’état d’esprit du docteur Buet après la mort de sa patiente madame Varguet. Elle a parlé d’un médecin "marqué à vie", "écoeuré", "en colère" et dont une "ombre le suivra jusqu’à la fin de ses jours".

Concernant le docteur Serri, elle a indiqué que ce dernier a été "traîné dans la boue", qu’il a connu 7 EIG dont 6 ont été retenus pour le procès. L’année 2016 sera d’ailleurs "l’année noire" avec 4 EIG, dont trois mortels. "Il n’y a pas de hasard ici. Il n’y a que des rendez-vous avec la mort. Ce sont des coïncidences qui n’en sont plus", a précisé Me Lorach.

La matinée s’est poursuivie avec Me Nicolas Litaize représentant Suzanne Ziegler, patiente décédée et le patient Damien Iehlen et Me Bresson pour le groupe médical de la clinique Saint-Vincent et la famille Py. "Le groupe est un ensemble de médecins chirurgien cardiologue et anesthésistes. Le but est de soutenir les victimes, les soignants et leurs confrères, et dénoncer les actes inacceptables commis par monsieur Péchier", explique l’avocate qui rappelle que l’accusé "s’est bien gardé de participer aux réunions destinées à comprendre les EIG (événement indésirable grave) : "Vous avez à juger un homme qui a transformé un lieu de soin en un lieu de mort", a affirmé Me Bresson devant les jurés.

"On ne revient pas indemne des EIG"

L’après-midi a également vu défiler plusieurs avocats des parties civiles, dont Me Sancey représentant Nicole Deblock. Il rapporte : "Elle a perdu toute confiance en elle. Elle est restée traumatisée. On ne revient pas indemne de ces EIG. Elle aura toujours peur de faire un nouvel arrêt cardiaque", souligne l’avocat qui constate : "Ça finit toujours par Péchier".

"J’ai vu un monolithe sans émotion"

Enfin, sur l’attitude de Frédéric Péchier durant le procès, Me Sancey indique : "j’attendais de voir le monstre. J’ai vu quelqu’un de froid. J’ai vu un monolithe, sans émotion (…) il n’a pas été maltraité par la justice, il n’a pas été placé en détention provisoire. Il ne parle que de lui, ne pleure que sur sa petite personne".

Pour Me Vernet, avocat de Sylvie Gaillard, victime d’un EIG, sa cliente a "gardé des séquelles" avec une "perpétuité de la douleur" : "Ce jour aurait pu être funeste pour elle", souligne-t-il en affirmant : "C’est l’humain qui doit être au centre de ce procès historique."

Des EIG qui ont été mortels pour Monique Varguet, représentée par Me Bouthier, Jean Benoît et Annie Noblet, représentés par Me Morgane Richard. "Il y a deux temps, apprendre la mort de leurs proches pour des opérations où il n’y avait aucun risque, puis apprendre que leurs proches ont été tués. Il a ensuite fallu affronter une longue procédure judiciaire", précise-t-elle.

"Un médecin sauve des vies, il ne les prend pas" a surenchéri Me Antoine Viennot, représentant le patient Pascal Bobert, présent dans la salle. S’adressant directement à l’anesthésiste, Me Uzan pose la question : "Comment avez-vous pu, monsieur Péchier, lui faire cette piqûre fatale ?"  Et de conclure : "Le terroriste a la mort au bout de la kalachnikov, vous, vous l’avez monsieur Péchier au bout de la seringue".

Pour rappel, Frédéric Péchier est suspecté de 30 empoisonnements, dont 12 mortels. Le verdict est attendu d’ici le 19 décembre 2025. L’anesthésiste, qui clame son innocence, encourt la réclusion à perpétuité.

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