Procès Péchier : l'ex anesthésiste décide de garder le silence

Publié le 18/11/2025 - 15:55
Mis à jour le 19/11/2025 - 08:08

"Je garde le silence" : après plus de deux mois de procès, l'anesthésiste de Besançon Frédéric Péchier, accusé de 30 empoisonnements dont 12 mortels, a décidé mardi 18 novembre 2025 de ne plus répondre aux questions, lors de son treizième interrogatoire.

Fréderic Péchier © Elodie R.
Fréderic Péchier © Elodie R.

L'accusé de 53 ans, toujours très prolixe lors de ses précédents interrogatoires devant la cour d'assises du Doubs qui le juge depuis le 8 septembre, entend ainsi protester contre la manière dont ont été menés les débats "ces deux derniers jours".

Depuis vendredi, la cour se penche sur les incidents cardiaques suspects de deux jeunes hommes âgés de 16 et 26 ans en 2016 lors d'opérations bénignes à la clinique Saint-Vincent de Besançon. Frédéric Péchier est suspecté d'avoir empoisonné ces patients en injectant en amont des opérations de l'adrénaline dans des poches de perfusion ensuite utilisées par ses collègues, ce qu'il réfute catégoriquement, comme l'ensemble des empoisonnements qui lui sont reprochés.

Lors de l'audition des experts médico-légaux, la présidente a autorisé l'accusé à poser des questions aux experts, qui abordent généralement des points très techniques. Ils ont conclu que ces deux patients avaient pu être victimes d'une intoxication malveillante à l'adrénaline. M. Péchier les a alors interrogés sur les effets de l'adrénaline lorsque ce produit reste plusieurs jours dans une poche de perfusion, évoquant le cas d'une autre patiente victime d'un arrêt cardiaque suspect.

"Vous prenez la cour d'assises en otage"

La présidente lui a alors sèchement reproché d'interroger les experts sur un cas abordé fin septembre, et non sur les dossiers du jour. "La possibilité de poser des questions n'est pas un droit, mais une possibilité", lui a rappelé Delphine Thibierge.

La stratégie du silence adoptée par l'accusé lui a valu une volée de bois vert de la part de l'accusation. L'avocate générale Christine de Curraize a fustigé une "attitude de petit garçon capricieux: vous vous situez toujours au-dessus des autres et au-dessus des lois, M. Péchier". "Vous ne répondez que quand ça vous arrange et en plus vous êtes un maitre chanteur", l'a interpelé à son tour Stéphane Giuranna, avocat de nombreuses parties civiles, lui reprochant de "prendre la cour d'assises en otage".

L'avocat de la défense, Randall Schwerdorffer, a en réaction appelé au respect de "l'exercice du droit au silence qui est un droit fondamental, un droit constitutionnel".

Frédéric Péchier comparaît libre et encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu le 19 décembre.

(Source AFP)

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