Rencontre avec le Général Gaulin, commandant de la 1re division de la base de défense de Besançon

Publié le 09/10/2020 - 14:46
Mis à jour le 09/10/2020 - 14:28

Depuis le 1 er août 2020, le Général Emmanuel Gaulin est au commandement de la 1re division de la base de défense de Besançon. Il succède au Général Blachon. Rencontre…

Son engagement dans l'armée française n'était pas forcément une évidence pour ce fils de maçon de village, né en 1965 à Tartas dans les Landes. Passionné de sports, et particulièrement de sports collectifs, Emmanuel Gaulin pensait plutôt devenir sportif de haut niveau. C'est malgré tout très jeune, à l'âge de 15 ans, qu'il décide de s'engager dans l'armée. "J'adore les activités physiques et sportives et pas très loin de chez moi à Mont-de-Marsan, il y a avait des parachutistes. De les voir faire des activités physiques et des activités hors norme ça me plaisait. J'ai une culture assez rugby, assez vie de groupe, dépassement de soi dans l'effort physique et intellectuel et avec des règles de morales très claires, donc c'est quelque chose qui allait m'intéresser et ça s'est confirmé", nous raconte-t-il.

Après ses classes préparatoires, le jeune homme entre en Maths Spé à St Cyr puis dans l'infanterie pour servir à Brive-la-Gaillarde. Pas la suite, Emmanuel Gaulin travaille à l'administration centrale à Paris et part en Angleterre au Collège militaire royal des Sciences pour passer son master 2 en sciences, avant d'intégrer l'école de guerre britannique.

Alors âgé de 41 ans, il prend son premier commandement à Épinal en France qui est celui du régiment des tirailleurs. "C'est un régiment à forte tradition africaine du nord où le colonel est appelé - le caïd -, donc j'étais le caïd. Ce n'est pas le sens que l'on a aujourd'hui, c'était le chef de corps", ajoute le Général.

Emmanuel Gaulin part ensuite au Centre de hautes études militaires (CHEM) et l'institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN), pour travailler dans l'administration centrale à l'état-major des armées à Paris. Là-bas, il participe à l'élaboration du Livre blanc de 2013 et à la loi de programmation de 2013. "J'étais dans la partie programme : vous avez entendu parler de programme Scorpion, de nouveaux équipements, le nouveau fusil HK 416… Tout ça, ce sont des programmes que je gérais", précise le Général.

Puis, direction le nord de l'Allemagne au sein d'un PC (poste de commandement) de corps d'armée, soit la plus grosse unité que l'on puisse commander avec 60.000 hommes. En 2017, il arrive ensuite au PC de corps d'armée français à Lille où il est chef d'État major, c'est-à-dire l'adjoint au Général.

C'est donc le 1er août dernier, à l'âge de 55 ans, qu'Emmanuel Gaulin prend le commandement de 1re division à Besançon. "Je suis très fier et honoré de commander cette division. Je suis très heureux d'être à Besançon, une ville riche au niveau historique, la Citadelle en est une preuve et pas uniquement, vous avez le Général Moncey, le Général de division Morand... Il y a des stars ici, des gens de très haut niveau et compétents militairement."

Depuis le début de sa carrière militaire, après la période à Brive-la-Gaillarde, le général a été muté tous les deux ans. Selon lui, cette rotation rapide permet de "se relancer dans un métier nouveau, on arrive toujours avec de nouvelles idées, on est redynamisés, on ne se sclérose pas".

Un lieu militaire préféré à Besançon ? 

"Oui, ma maison, j'habite à l'Hôtel de Clévans, rue Lecourbe, une maison construite par Monsieur de Clévans et dans laquelle a vécu le Duc d'Aumale, le Maréchal de Lattre de Tassigny, c'est une maison absolument formidable."

Commandant de division et d'autres fonctions…

C'est la particularité du Général de la place de Besançon : il commande la division, mais compte également d'autres fonctions. Outre les 32.000 hommes sous son commandement, le Général commande l'organisme chargé de coordonner tous les soutiens de quatre départements (Doubs, Haute-Saône, Côte-d'Or et Jura) comme par exemple le lycée militaire d'Autun, la base pétrolière de Châlon-sur-Saône,ou encore la base aérienne semi-désaffecté de Dijon. Par "soutiens", comprendre tout ce qui concerne l'alimentation, les transports, l'hébergement, le médical, les infrastructures. Le budget alloué à cette partie est de 20 millions d'euros. "Je représente une force économique qui n'est pas neutre", souligne le Général Gaulin.

Il est également Délégué militaire départemental (DMD), c'est-à-dire qu'il est la plus haute autorité militaire, représentant de la ministre des Armées sur le département et le conseiller défense et militaire du préfet du Doubs. "Je suis très impliqué dans l'aspect protocolaire qui existe sur la place", ajoute-t-il.

Quelles sont les missions du Général à Besançon ?

"La première mission que j'ai avec la 1re division est d'assurer et garantir toutes les opérations en cours", affirme le Général Gaulin. Actuellement, une partie de l'État major est déployée et une partie de la 1re division est également déployée. "Les personnes que vous voyez déployées sur les opérations sur la bande sahélo-saharienne, au Liban ou sur toutes les opérations en cours, sont des personnes qui viennent de ma division, hors forces spéciales", précise-t-il. Actuellement, en posture opérationnelle, la majorité des 25.000 militaires déployés dans le monde pour l'Armée de terre vient de la 1re division.

Le premier travail à l'arrivée du Général Gaulin et ce, pendant une année, est de déployer la division sur des opérations d'une durée de 4 à 6 mois. L'année suivante, la 1re division sera en entraînement. Dans deux ans, elle sera de nouveaux sur des opérations, etc.

La deuxième mission du Général est de "préparer les engagements du futur". Le Général Burkhard, chef d'État major de l'Armée de Terre, demande à ce que les entraînements soient durcis dans le but d'être prêts "pour les engagements les plus durs".

Le Général Gaulin explique que "nous sommes dans un monde dans lequel l'imprévisible est possible et on assiste à un affaiblissement des organisations internationales. Il y a 20 ans, quand il y avait un incident, ça se passait devant l'ONU, il y avait une résolution de l'ONU et on repartait. Aujourd'hui, il y a des gens qui s'arment, il y a une désinhibition de l'emploi de la force et un emploi unilatéral de la force, donc nous, l'armée française et ma division, avons l'objectif d'être prêts pour les engagements les plus durs."

En d'autres termes, ils doivent être prêts à réagir, à riposter quoiqu'il arrive.

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