Familles Rurales publie son nouvel Observatoire des prix des fruits et légumes 2026, après 20 années de suivi des tarifs alimentaires. Des légumes en forte hausse, des fruits plus stables. Les résultats de l’édition 2026 confirment une tendance préoccupante : les fruits et légumes deviennent durablement moins accessibles pour une partie des consommateurs.
En agriculture conventionnelle, le prix moyen des fruits s’établit à 4,33 €/kg, soit une quasi-stabilité par rapport à l’année précédente avec une évolution de -0,2 %. En bio, le recul est plus marqué, avec une baisse de 10 %, pour un prix moyen de 6,96 €/kg.
À l’inverse, les légumes connaissent une hausse importante. Le panier conventionnel augmente de 10 %, tandis que le panier bio progresse de 7 %.
Familles Rurales souligne notamment les fortes augmentations enregistrées sur plusieurs légumes très consommés : les courgettes progressent de 32 %, les tomates grappe de 31 % et les haricots verts de 24 %.
Selon Familles Rurales, ”les difficultés d'accès aux fruits et légumes ne relèvent plus de fluctuations ponctuelles, mais d'une tendance durable.”
Depuis 2015, les prix progressent bien plus vite que l’inflation
L’association met en avant une évolution de long terme confirmée par les données de l’Insee. Depuis 2015, les prix des fruits frais ont augmenté de 54 %, tandis que ceux des légumes frais ont progressé de 62 %, contre 21 % pour l’inflation générale.
Pour Familles Rurales, cette évolution crée une contradiction entre les objectifs de santé publique et la réalité économique des ménages : ”les fruits et légumes sont ainsi devenus l'une des catégories alimentaires dont les prix augmentent le plus rapidement, alors même qu'ils sont au cœur des recommandations de santé publique.”
L’association rappelle que la consommation recommandée d’au moins cinq fruits et légumes par jour reste difficile à atteindre. Selon les données citées dans l’étude, seuls 19 % des hommes et 25 % des femmes âgés de 18 à 85 ans déclaraient en 2021 respecter cette recommandation.
Une alimentation saine confrontée aux contraintes budgétaires
Familles Rurales estime que ces difficultés ne peuvent pas être réduites à des choix individuels. Elles traduisent également les contraintes économiques qui pèsent sur les ménages. L’étude indique que 55 % des Français vivant en milieu rural déclarent renoncer à certains achats alimentaires faute de moyens.
Pour l’association, améliorer l’accès aux fruits et légumes constitue donc un enjeu à la fois social, sanitaire et économique. Une consommation insuffisante de ces aliments est associée à un risque accru de maladies chroniques, comme l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires ou certains cancers : ”Ne pas agir sur l'accessibilité d'une alimentation favorable à la santé coûte donc également très cher à la collectivité.”

Le bio devient moins cher, mais reste difficilement accessible
Le recul des prix du bio constitue l’un des principaux enseignements de l’étude. Plusieurs fruits biologiques affichent des baisses importantes : la fraise ronde recule de 28 %, la pastèque de 21 %, la pomme de 18 % et la banane de 17 %.
L’écart avec les produits conventionnels se réduit : les fruits bio coûtaient environ 78 % plus cher en 2025, contre 61 % en 2026.
Cependant, Familles Rurales souligne que le bio reste éloigné des capacités financières de nombreux foyers. Pour une famille de quatre personnes, suivre les recommandations nutritionnelles avec un panier exclusivement biologique représenterait 265 € par mois, contre 162 € pour un panier conventionnel, soit 103 € supplémentaires.
Pour les légumes, l’écart demeure également important : les légumes bio coûtent en moyenne 67 % plus cher que leurs équivalents conventionnels.
Les conditions climatiques expliquent une partie des hausses
L’étude relève que les conditions météorologiques ont influencé les évolutions de prix observées en 2026. Pour les fruits, malgré un printemps marqué par des épisodes de chaleur, de pluie et de fraîcheur, la production de fruits à noyau a été importante. Cette offre abondante a contribué à limiter certaines hausses.
Pour les légumes, la situation est différente. Les épisodes successifs de fortes pluies, de fraîcheur puis de chaleur ont perturbé les productions françaises comme celles des principaux pays fournisseurs, notamment l’Espagne et le Portugal. Cette baisse de l’offre a contribué aux tensions sur les prix, particulièrement pour les légumes d’été.
Familles Rurales appelle à revoir la répartition de la valeur
L’association estime toutefois que les conditions climatiques ne suffisent pas à expliquer l’ensemble des écarts constatés. Elle pointe également les mécanismes économiques et commerciaux qui interviennent dans la formation des prix. Familles Rurales rappelle que rendre les fruits et légumes plus accessibles ne doit pas se faire au détriment des producteurs, dont certains rencontrent déjà des difficultés à couvrir leurs coûts : ”La véritable question est celle de la répartition de la valeur entre les différents acteurs de la chaîne alimentaire.”
L’association cite notamment l’exemple des producteurs de pommes et de poires qui, en janvier 2023, estimaient devoir vendre leurs produits 1,20 euro par kilogramme pour couvrir leurs charges, alors que la grande distribution leur proposait au mieux 1 euro, tandis que ces fruits étaient vendus environ 2,50 euros le kilogramme en magasin.
Familles Rurales précise qu’il ne s’agit pas de désigner un responsable unique, mais d’interroger la transparence et le partage de la valeur entre producteurs, transformateurs, logisticiens, grossistes et distributeurs.
Une proposition de loi pour des produits essentiels à prix coûtant
Face à ce constat, Familles Rurales appelle les parlementaires à soutenir la proposition de loi visant à garantir l’accès permanent à un panier diversifié de produits favorables à la santé vendus à prix coûtant. L’association défend le principe de “100 produits sains à prix coûtant”, une mesure qui consisterait à supprimer la marge bénéficiaire des distributeurs sur un nombre limité de produits essentiels, sans imposer une vente à perte ni réduire la rémunération des producteurs.
Pour l'association, ”il s’agit de défendre un principe simple : les produits que les pouvoirs publics recommandent de consommer quotidiennement ne devraient pas être ceux sur lesquels repose une part de la compensation des pertes d’autres rayons.”
Familles Rurales demande ainsi aux élus de dépasser les clivages politiques et de voter cette mesure afin de renforcer l’accès des consommateurs à une alimentation favorable à la santé.
Méthodologie
L’étude repose sur 118 relevés de prix réalisés du 8 au 21 juin 2026 par 89 “veilleurs consommation” répartis dans 40 départements.
Les relevés ont été effectués dans quatre types de points de vente : hypermarchés, supermarchés, établissements à dominante marque propre (EDMP, notamment les enseignes de hard discount) et magasins spécialisés bio. Au total, les prix de 9 fruits et 10 légumes, issus de l’agriculture conventionnelle et biologique, ont été analysés.
Le prix moyen de chaque produit a été calculé en tenant compte du poids des différentes surfaces commerciales, avec des résultats exprimés en euros par kilogramme, à l’exception de certains produits vendus également à la pièce, comme les melons, les concombres et les laitues.


