L’Origine du monde à Ornans pour une exposition ni vulgaire, ni exhibitionniste

Publié le 06/06/2014 - 13:30
Mis à jour le 06/06/2014 - 19:43

Souvent fantasmé, le sulfureux tableau « L’Origine du monde » du peintre Gustave Courbet a rejoint exceptionnellement le musée Courbet à Ornans, sa ville natale. Il est, du 7 juin au 1er septembre 2014,  la pièce maîtresse de l’exposition  » Cet obscur objet de désirs. Autour de L’Origine du monde » qui présente près de 70 œuvres sur le thème de la représentation artistique, scientifique et philosophique du sexe féminin. Une exposition qui « pose de vraies questions », « mais sans être vulgaire, ni exhibitionniste« .

Le sexe féminin dans l’art

Une femme nue allongée, les jambes écartées et dont la tête n'est pas visible: la toile de "L'Origine du monde" a été peinte par Gustave Courbet (1819-1877) en 1866 pour le diplomate turc et collectionneur d’œuvres d'art érotiques, Khalil Bey. Cette huile ambiguë et troublante de 46 cm sur 55 cm, longtemps méconnue du grand public, a notamment été acquise par le psychanalyste français Jacques Lacan autour de 1954, qui la conservait au secret. En 1991, sa veuve avait déjà prêté la peinture à l'ancien musée Courbet d'Ornans. Plus de 20 ans après, elle revient en grande pompe dans le nouveau musée installé dans la maison natale de son peintre.
 

Un prêt exceptionnel

"Depuis son entrée dans nos collections nationales en 1995, ce chef d’œuvre est devenu le plus célèbre tableau de Courbet, son œuvre emblématique", souligne Isolde Pludermacher, conservatrice du musée d'Orsay et commissaire scientifique de l'exposition ornanaise. "Nous prêtons très rarement L'Origine du monde, c'est exceptionnel", ajoute-t-elle. Ce prêt intervient dans le cadre d'une convention de partenariat qui lie les deux établissements depuis janvier 2014.
  
Au vu des liens très forts qui unissaient l'artiste révolutionnaire à sa terre natale, prêter L'Origine du monde est "apparu comme une évidence" aux responsables d'Orsay. "Pour Courbet, L'Origine du monde se situe à Ornans où il naît en 1819", rappelle Guy Cogeval, président du musée d'Orsay. Les spécialistes du peintre établissent en effet un rapprochement entre L'Origine du monde et les tableaux de grottes et de sources du peintre. Ces différentes œuvres "renvoient à un imaginaire commun de l'origine. En montrant la source de la Loue qui a baigné sa maison natale, Courbet peint des paysages vaginaux qui sont l'équivalent d'un retour à la matrice maternelle", avance Mme Pludermacher.
 
Les tableaux de Courbet La Source, dit aussi Baigneuse à la source, La source du Lison et Grotte de la source enneigée, font ainsi partie de l'exposition.
 

Poser de vraies questions 

Parmi les 70 pièces de l'exposition, dont une dizaine prêtée par le musée d'Orsay et certaines jamais exposées au public, seront présentées des œuvres d’Albrecht Dürer, Edgar Degas, Georges Lacombe, Jean-Auguste-Dominique Ingres, Louise Bourgeois, André Raffray ou encore André Masson. Les visiteurs découvriront notamment Iris messagère des Dieux, d'Auguste Rodin, considérée comme l'équivalent de L'Origine du monde en sculpture, et La Coquille, d'Odilon Redon.
  
"L'idée était de présenter une exposition qui pose de vraies questions et permette de réfléchir à la représentation du sexe féminin dans l'histoire de l'art, mais sans être vulgaire, ni exhibitionniste", explique Frédérique Thomas-Morin, conservatrice du musée Courbet d'Ornans. "Depuis toujours, le sexe féminin intrigue. Cet endroit caché, secret et inquiétant qui donne naissance à la vie reste un mystère, même pour nous qui connaissons l'origine scientifique de la vie", remarque-t-elle.
 

Une force magnétique inexplicable

L'exposition aborde cet "objet de désirs" par le regard tantôt érotique, tantôt poétique des artistes de la Renaissance jusqu'à nos jours, en passant par les visions plus abruptes des planches anatomiques de l'appareil génital féminin ou des esquisses japonaises. Consciente qu'il "existe un risque de rejet" de ces oeuvres "parfois crues et dérangeantes", Mme Thomas-Morin espère que la fascination l'emportera : "aujourd'hui, on a l'impression d'avoir tout vu dans un monde sur-sexualisé, mais le spectateur est toujours sidéré devant L'Origine du Monde, qui garde une force magnétique inexplicable".
 
(source : AFP)

On a visité l'exposition en avant-première, voir notre article ci-dessous

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