Métier : producteur de spectacles

Publié le 15/10/2014 - 17:14
Mis à jour le 07/05/2019 - 16:56

Avec sa société NG Productions, Hamid Asseila fait bouger depuis presque huit ans la vie culturelle de Besançon. Reconnu dans la profession, cet ancien DJ électro organise dans la région de 40 à 60 spectacles par an, dont 60 à 70 % dans la capitale comtoise. Comment voit-il son métier ? Besançon est-elle si coincée entre l’Axone de Montbéliard et le Zénith de Dijon ? Interview sans langue de bois…

C'est dans sa petite "boutique" de la rue de la Madeleine dans le quartier Battant qu'Hamid Asseila, 33 ans, nous accueille. NG Productions c'est lui, mais c'est aussi une équipe comme il aime à le rappeler : Julie et Coralie l'entourent au quotidien. Loin des clichés, il souhaite démontrer qu'à côté des paillettes du monde du spectacle, il y a une réalité et beaucoup d'heures de travail. Rencontre autour d'un café-croissant.

 Comment devient-on producteur de spectacles ?

"Je travaillais dans l'immobilier et en parallèle avec mon association je mixais dans les bars et soirées privées.  J'ai pris beaucoup de plaisir à organiser des soirées et j'ai voulu en faire mon métier. Je me suis formé sur le terrain, je me suis formé avec l'Irma notamment et j'ai monté ma société il y a plus de sept ans maintenant…"

 On dit souvent que, coincée entre l'Axone de Montbéliard et le Zénith de Dijon, Besançon attire moins de têtes d'affiche aujourd'hui qu'hier…

 "C'est une réalité, mais qui n'a rien à voir avec Besançon. Aujourd'hui, les plus gros artistes français sont signés dans  des grandes sociétés de production qui  gèrent énormément de salles (NDLR La société VEGA gère l'Axone de Montbéliard ou encore les Zéniths de Strasbourg ou Dijon). Leurs artistes,  lorsqu'ils font une tournée, privilégient les Zéniths. Si Micropolis était affilié à ce groupe-là, il passerait peut-être ici. Mais c'est aussi tout notre travail. Depuis sept ans, on s'attèle à la redynamisation de la culture "populaire" en récupérant de plus en plus de têtes d'affiche. La preuve avec Gad Elamaleh. Il ne devait pas passer à Besançon, c'est grâce à notre réseau et c'est un travail de longue haleine ! On a eu une des deux dates françaises de Joan Baez, etc.  On arrive à faire des gros spectacles à Micropolis  et ce n'est pas terminé. NG Productions a un ancrage local et on  a envie de se battre pour notre ville. Nous sommes des ambassadeurs de Besançon auprès des producteurs… "

 Pensez-vous que  la future fusion Bourgogne Franche-Comté va faire bouger les lignes et changer la donne ?

"Rien du tout ! Nous travaillons  dans le secteur privé. C'est à Besançon de faire ses preuves culturellement. Il se passe pas mal de choses ici même si les gens ne s'en rendent pas compte. Je dis souvent la culture ça se conquiert. Il faut aller la chercher, il faut sortir, s'intéresser…"

 Mais Dijon aurait-il plus de potentiel ?

 "D'expérience, je dirais qu'à spectacle égal, Dijon fera toujours plus de monde. Quand il fait 1.700 entrées à Besançon, j'ai 2.000 à Dijon. Première raison : le bassin de population est plus important. Deuxième raison : dans l'inconscient des gens, même si je ne me l'explique pas, voir un spectacle dans un Zénith, c'est mieux. Moi, je préfère voir un spectacle dans une salle plus intime ! Même si le Zénith de Dijon est une très belle salle, je préfère Micropolis.

 Cela dit, après un essoufflement en raison de l'effet de mode du Zénith de Dijon, la fréquentation est revenue et parfois, selon les spectacles, nous pouvons faire de meilleurs scores ici à Besançon !  On sent un nouvel élan culturel, grâce au tram également qui passe par Micropolis…"

 Quels styles de spectacles sont particulièrement prisés ici à Besançon ?

"Quatre styles fonctionnent très bien à Besançon : la chanson française à texte, le rock bien sûr, les humoristes et une forte demande également sur les spectacles familiaux comme Celtic Legend, le Ballet du lac des Cygnes du St Petersbourg Ballet, s'il vous plait  ! C'est une ville littéraire et très cultivée… "

 Et en terme de salles, y aurait-il des besoins supplémentaires ?

 "Tout le monde dit qu'il aurait fallu une plus grande salle à Micropolis. Parfois, oui, c'est sûr ! Même si à l'heure actuelle il vaut mieux faire 2.000 personnes à Micropolis que 2.300 dans un Zénith. À Besançon, la jauge maxi est de 2.200 en "tout assis" et 6.500 en tout debout. Assis-debout on est à 3.500 places ! C'est déjà une très bonne capacité…

On travaille aussi avec le théâtre Ledoux où il y a une très bonne acoustique. Le Kursaal est magnifique. Quant à la Rodia, ils ont leur propre programmation, ils bossent très bien ça cartonne. En moyenne on y va une fois par an. On est beaucoup mieux fourni en salles que Dijon… "

 Et Dole ?

 "On y a va également ! On adore Dole ! Pour moi, ils ont une des plus belles salles de la région, voire même en France ! La Commanderie a été faite par le cabinet de Jean-Nouvelle par Mme Metraz.  Il y a de la pierre du verre, c'est superbe ! C'est très agréable de travailler là bas…"

Comment a évolué la production de spectacles ces dernières années ?

"En raison de la crise du disque, le seul relais de croissance pour les artistes, c'est la scène ! Auparavant, certains ne faisaient que deux concerts par an et c'était suffisant. Il n'y avait pas autant de concerts et  techniquement c'était plus simple. Aujourd'hui,  pour ramener l'argent, il faut aller sur scène et les fiches techniques des spectacles sont de plus en plus complexes. C'est mieux pour le public, on a aussi gagné en qualité ! "

Enfin, comment ressentez-vous le secteur du spectacle actuellement ?

 Le marché global est compliqué. La culture, selon moi, est une soupape de bien-être, un échappatoire. Nous avons  la chance de vivre dans ce pays qui investit énormément dans la culture et si  il y a un secteur qu'il ne faut pas toucher, c'est la culture car c'est ce qu'il reste aux citoyens.

Et puis il faut savoir, et on ne s'en rend pas toujours compte, qu' un euro de billetterie génère 1,5 € de retombées économiques en local selon les chiffres du CNV (centre national de la chanson des variétés et du jazz). NG Produtions  est aussi un des premiers employeurs d'intermittents du spectacle en salles et en production de spectacles. On fait partie d'un maillon qui fait travailler la profession.  À titre de comparaison, l'économie du spectacle vivant en France est plus importante que l'économie de l'automobile.

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