Un étudiant de l'Ensmm de Besançon a créé sa bijouterie au Mexique il y a près de 10 ans...

Publié le 16/06/2018 - 15:46
Mis à jour le 17/04/2019 - 10:45

Nicolas Tranchant, originaire de Tours et ancien étudiant à l’Ensmm à Besançon (de 2001 à 2004), est aujourd’hui à la tête de la bijouterie Vivalatina… au Mexique ! Tombé amoureux du pays de Frida Kalho, le chef d’entreprise de 37 ans développe des bijoux en or, en argent et en diamant qu’il exporte à l’international. Interview…  

maCommune.info : Quand avez-vous décidé de quitter Besançon ? Et pourquoi ?

Nicolas Tranchant : "Je n'ai pas vraiment décidé de quitter Besançon, en fait. Je suis parti faire mon projet de fin d'études au Mexique en 2004 pendant 5 mois, dans une petite entreprise mexicaine tenue par un Français (un ancien de l'ENSMM également) et l'expérience du voyage et de l'expatriation m'ont enchanté. Ce qui devait être temporaire m'a convaincu de renouveler l'expérience et je suis parti en Australie par la suite en 2006, puis retourné travailler au Mexique en 2006/2007, puis au Brésil en 2008."

mC : Pourquoi partir au Mexique précisément ?

Nicolas Tranchant : "Lors de mon projet de fin d'études je voulais faire un séjour d'échange en pays hispanophone, ayant plus d'attirance pour l'espagnol que pour l'allemand. L'ENSMM proposait un tel programme avec une école de Karlsruhe mais n'en avait pas avec une école espagnole. Si bien que j'ai cherché un stage en entreprise en Espagne ou Amérique Latine et justement, un ancien de l'ENSMM, devenu entrepreneur au Mexique cherchait un stagiaire de l'ENSMM. Nous avons pris contact et l'organisation du stage fut rapide par la suite. Ce fut plus par opportunisme que par réel choix délibéré que je suis parti au Mexique la première fois. Je voulais voir du pays et apprendre l'espagnol.

Lors de ce voyage, je suis tombé amoureux du pays. J'ai appris l'espagnol que je parlais très peu, j'ai découvert une culture nouvelle et une chaleur de vivre qui m'était inconnue, ainsi qu'un pays avec des paysages fantastiques si bien que j'y suis retourné par la suite pour y voyager et voir des amis mexicains. Puis en 2006/2007 j'y suis retourné travailler pendant un an dans le cadre d'un VIE - Volontariat international en entreprises -. C'est à cette occasion que j'ai rencontré ma femme, m'attachant alors encore plus à ce pays." 

mC : Quand avez-vous créé la bijouterie Vivalatina ?

Nicolas Tranchant : "C'est lorsque ma femme, mexicaine, est venue vivre avec moi en France que nous avons eu l'idée de lancer Vivalatina afin de créer un complément de revenu pour elle. Étant médecin diplômée au Mexique, elle n'avait pas le droit de travailler en France où son diplôme n'est pas reconnu.

J'avais des contacts avec des grossistes de bijoux mexicains en argent et nous avons débuté ainsi. C'était en 2009. L'activité n'a jamais vraiment décollé n'ayant ni les compétences nécessaires ni le temps de m'en occuper réellement. C'est lorsque nous avons décidé de nous retourner au Mexique en 2012 que j'ai repris l'activité en main en y consacrant 100% de mon temps."

mC : Que proposez-vous comme type de produits ?

Nicolas Tranchant : "Lors de nos débuts, nous ne faisions que de la revente de bijoux mexicains en argent. Aujourd'hui, notre activité a évolué, nous ne faisons que très peu de revente et essentiellement de la fabrication de bijoux en argent, or et diamant.

J'ai monté mon propre atelier de fabrication qui occupe deux artisans bijoutiers à temps plein. Mes études d'ingénieur m'ont beaucoup aidées afin de maîtriser les logiciels de création CAO et design de bijoux, mettre en place le procédé d'impression 3D dans mon process et mettre en route un atelier de fonderie. Nous fabriquons nos propres collections de bijoux en or et argent visibles sur le site. Et surtout nous proposons un service de création de bijoux sur-mesure. Nous faisons tout type de bijou, des bagues en argent ou en or, des alliances avec ou sans diamants, beaucoup de chevalières pour homme, des colliers en or et des médailles." 

mC : Où vendez-vous, exportez-vous vos produits ?

Nicolas Tranchant : "Pour le moment, nous vendons essentiellement dans les pays francophones : France, Suisse, Belgique, Canada et Guyane. Nous avons déjà livré huit pays dont le Viet-nam, l'Allemagne et les Pays-bas où vivent des expatriés français.

En janvier dernier, nous avons lancé notre nouvelle plateforme en anglais afin de toucher les internautes anglophones et développer notre activité vers les USA et l'Angleterre." 

Aujourd'hui, combien de salariés et stagiaires comptez-vous ? Viennent-il, pour certains de Besançon, de Franche-Comté ?

Nicolas Tranchant : "Actuellement, j'emploie deux salariés artisans bijoutiers mexicains à temps plein. J'ai déjà accueilli deux stagiaires françaises en marketing et une bijoutière française en CDI qui est rentrée en France au mois d'avril dernier.

Je suis en train de recruter un CDI d'un an au poste d'assistant marketing afin de m'épauler pour gérer la croissance de l'entreprise.

Pour le moment, aucun de mes stagiaires ou employés n'est de Franche-comté. Pour une petite entreprise comme la mienne, recruter depuis la France vers le Mexique n'est pas évident donc je ne limite pas mes offres de stages ou d'emplois au seul bassin de Franche-Comté."

mC : Pensez-vous que vous auriez pu créer ce type d'entreprise à Besançon ?

Nicolas Tranchant : "Oui j'aurais pu monter la même entreprise à Besançon, il y a les compétences en France pour ce que nous faisons et le canal de vente en ligne serait le même.

La différence entre le Mexique et la France est qu'il n'y aucune aide de la part du gouvernement Mexicain pour monter une entreprise. Le seul avantage étant une défiscalisation dégressive sur les 10 premières années de vie de l'entreprise. Ce principe permet d'alléger les impôts de l'entreprise et de lui donner des bases solides au bout de 10 ans d'activité pour appliquer une taxation d'un taux similaire à celui de la France.

Pour ce qui est de la déclaration, c'est aussi extrêmement simple au Mexique, tout est fait en ligne et la facturation électronique en place déjà depuis quelques années permet de faire son bilan comptable très simplement."

mC : Qu'est-ce qui vous plaît au Mexique (point de vue perso et professionnel) ?

Nicolas Tranchant : "Je suis toujours aussi amoureux du Mexique, même si avec la gestion de mon entreprise et étant devenu papa entretemps je n'ai plus vraiment le temps de partir à l'aventure. Le climat, les plages et la nourriture sont ce dont je profite le plus malgré mon manque de temps.

D'un point de vue professionnel, ma condition de patron me plait énormément. Le Mexique est un pays en pleine croissance, dynamique et tourné vers l'avenir."

mC : Pensez-vous revenir vivre à Besançon un jour ?

Nicolas Tranchant : "Pour le moment, je ne pense même pas revenir en France pour y vivre. J'ai le nez dans le guidon et je suis débordé par le développement de mon activité. Une fois mon développement à l'international fait sur le web, je compte ouvrir une boutique de joaillerie physique à Puerto Vallarta où j'habite, puis en ouvrir une en France par la suite. Mais cela se ferait à Paris je pense et d'ici 5 ans."

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