Marchaux : le sons des animaux tatoué sur la peau par Élodie Cretin

Publié le 06/07/2023 - 12:01
Mis à jour le 10/07/2023 - 08:10

Auparavant chercheuse, Élodie Cretin s’est lancée dans le tatouage en 2019 et à temps plein depuis avril 2023. Désormais basée à Marchaux, elle propose des tatouages inspirés des signatures sonores des animaux, une façon originale d’encrer un animal à travers un motif plus abstrait dont seule la personne tatouée connait la signification. 

Après 15 ans passés dans la recherche en sciences humaines et sociales autour des questions de fin de vie et de soins palliatifs, Élodie Cretin a troqué son statut de scientifique pour celui de tatoueuse. Élodie ou désormais Mushi Tattoo, se consacre désormais aux tatouages et surtout à son projet nommé "Signatures" qui consiste à tatouer les sons des animaux. À sa connaissance elle est la seule en France à le proposer.

L’idée lui est venue en regardant le documentaire "L’esprit des lieux" avec Marc Namblard, un audio-naturaliste. "Dans le documentaire on voyait les sonogrammes et spectogrammes lorsqu’il enregistrait des sons et d’emblée ça m’a tout de suite apparu comme étant graphiquement hyper intéressant" nous raconte Élodie. 

Trouvant paradoxal le fait de "voir les sons", elle y décèle pourtant très vite un intérêt visuel pour du tatouage et laisse l’idée infuser avant de finalement ne plus trop y penser. Mais quelques mois plus tard, alors qu’elle écoute un podcast sur des bioacousticiens qui enregistrent le son des baleines, son idée lui revient. "Je me suis dit, il faut vraiment que je creuse cette affaire " nous raconte Élodie, et elle contacte alors les chercheurs en question ainsi que Marc Namblard. 

Basés sur des données scientifiques

L’homme lui fournit des sons enregistrés dans la nature ainsi que les sonagrammes et spectrogrammes qui lui permettent de s’appuyer sur un support graphique. La collaboration est une "belle surprise" pour la tatoueuse qui peut ainsi débuter son projet et proposer des flashs (dessins prêts à être tatoués) à partir des sons fournis.

© Mushi Tattoo

Avantage de son ancien métier, Élodie n’a presque aucun mal à se procurer les sons des animaux qui proviennent pour la plupart de publications scientifiques des chercheurs ou directement des chercheurs eux-mêmes. Elle donne d’ailleurs toujours la provenance du son au client, "comme ça les gens sont assurés d’avoir le bon son et peuvent même aller l’écouter". 

Les tatouages sont basés sur des données scientifiques mais retravaillés pour leur donner une dimension esthétique. Élodie soumet même parfois une vingtaine de propositions pour une même demande. Une fois tatoué, le motif reste unique puisqu’elle ne propose jamais deux fois le même tatouage. S’il s’agit du même son, elle soumet alors une variante "différente et pas trop proche" du précédant modèle.

Des recherches parfois longues et minutieuses

Si elle propose des flashs à partir d’animaux qu’elle aime bien, les gens contactent également Mushi Tattoo pour des animaux en particulier. Les demandes ne sont pas toujours simples surtout lorsqu’il s’agit de trouver un son rare car l’espèce l’est aussi. "Ça arrive que parfois je ne trouve pas et c’est frustrant mais c’est comme ça" nous annonce-t-elle simplement.

Il y a aussi des demandes encore plus personnelles ou insolites avec le miaulement de son propre chat par exemple ou encore la pieuvre, un animal qui ne produit pourtant aucun son. Ou encore celle d’une instructrice de plongée venue lui demander le son d’un récif corallien en Indonésie dont Elodie est parvenue à trouver un enregistrement.

© Mushi tattoo

Et il y a aussi parfois "certains sons qui ne donnent rien". Les rugissements par exemple, "ils ne rendent pas toujours bien graphiquement, donc des fois ce sont des échecs" nous confie la tatoueuse pourtant loin d’être désabusée. "Je ne suis pas maître de cela", c’est justement ce qu’elle aime aussi dans ce projet, "ce sont les animaux eux-mêmes qui décident de l’esthétisme" même s’ils sont parfois remaniés, grâce à la symétrie par exemple.

Avec le tatouage, "on rentre dans l’intime"

D’après la tatoueuse, "il y a toujours une histoire personnelle derrière chaque demande". Qu’il s’agisse d’une histoire de vie personnelle, professionnelle, d’animaux totem, ou encore d’amour envers les animaux, le tatouage est quoiqu’il en soit "quelque chose d’intime" pour Élodie. En plus de toucher au corps des gens, la plupart "se font tatouer pour marquer des moments importants de leur vie ou des histoires particulières" et souvent il s’agit de choses "assez intimes donc les clients se livrent plus facilement" nous confie la tatoueuse.

Pour tatouer, Élodie utilise la technique dite du "handpoke", c’est-à-dire à la main, sans machine électrique et point par point avec une aiguille. Contrairement aux apparences, elle affirme que le tatouage est "beaucoup moins douloureux car il sollicite beaucoup moins la peau" même si "cela dépend des personnes ou encore des emplacements". Elle reconnait toutefois que la méthode est également plus longue car plus lente.

© Élodie R.

C’est avant tout la méthode qui l’attirait le plus car elle explique que le geste est "à la fois très technique mais aussi méditatif puisque dans la répétition". Cette technique permet également selon elle de "revenir aussi au plus proche des méthodes dites traditionnelles du tatouage".

Des tatouages engagés

Par ses tatouages engagés, Élodie y voit également un moyen de sensibiliser "à l’appauvrissement de la biodiversité". Face à "un monde animal qui devient de plus en plus silencieux" (le bioacousticien Berni Krause estime en effet que "50% des sons de la nature ont disparu"), elle entend sensibiliser à la protection de l'environnement et à la conservation des espèces, via leurs signatures sonores. "Le lien entre les animaux et nous c’est quelque chose qu’il faut préserver" insiste la tatoueuse qui souhaite, par son projet, mêler art et sciences, son et graphisme, et animaux et humains.

Chaque année ses tatouages "Signatures" lui permettent de reverser un pourcentage de ses recettes à des associations de défense des animaux.

Dans la même démarche, Élodie utilise "au maximum du matériel éco-responsable et vegan (donc non testé sur les animaux)" et essaye de limiter la production de déchets "même si ce n’est pas toujours facile car on utilise beaucoup de choses à usage unique".

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