Les sapins meurent de soif en Franche-Comté

Publié le 21/08/2019 - 10:30
Mis à jour le 21/08/2019 - 10:58

« Des taches rouges sur un tapis vert. » Depuis le début de l’été 2019, l’Office National des Forêts (ONF) de Franche-Comté a remarqué que de nombreux sapins, épicéas et hêtres de nos massifs forestiers meurent, asséchés par le manque d’eau. Une conséquence directe du réchauffement climatique.

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« Ce sont souvent de très beaux arbres, très grands et très élancés, en pleine vigueur » constate Frédéric Kowalski, directeur de l’ONF à Besançon.

Dans le massif jurassien, dans nos plaines bisontines, dans nos Vosges Haut-Saônoises, dans les forêts de Baume-les-Dames… En 2019, les sapins, épicéas et hêtres se meurent. Asséchés. Assoiffés. Il suffit de se promener dans les forêts, teintées de rouge. On y trouve des épines couleur rouille, étalées au sol. Des pans d’écorce par terre.

La sécheresse en cause

« C’est une conséquence directe des modifications climatiques : la température moyenne a grimpé et les arbres ne sont pas habitués » explique l’expert forestier. Les sols se sont petit à petit asséchés. Et logiquement, les arbres meurent de soif.

«Un arbre fonctionne comme une pompe : la sève circule via des vaisseaux à l’intérieur du tronc. Mais lorsqu’il n’y a plus assez d’eau se créé un phénomène de cavitation : de l’air rentre dans les vaisseaux, la pompe arrête de fonctionner et l’arbre meurt » schématise M. Kowalski.

L’épicea, en mal depuis l’an dernier

Certaines de ces observations datent de 2018. Déjà, l’épicéa était touché par cette sécheresse. Et il continue de l’être cette année. « Il dépérit avec le manque d’eau dans le sol, mais aussi à cause des scolytes – de petits insectes qui attaquent les arbres et profilèrent avec la chaleur. Ils massacrent les arbres affaiblis » maugrée le directeur de l’ONF.

 Le sapin et le hêtre assoiffés cette année

Mais depuis cette année, deux nouvelles espèces subissent la sécheresse : le sapin et le hêtre.
« Le sapin a tendance à sécher sur pied, il a des difficultés à trouver de l’eau. On constate surtout ça dans le massif jurassien » assure M. Kowalski.

Et si la mort des sapins reste localisée, le hêtre en revanche est victime d’un « gros dépérissement. Pas qu’en Franche-Comté mais aussi en Allemagne, en Suisse, dans le Grand Est… ». Une situation généralisée et donc "très préoccupante".

Valoriser le bois mort

Face à ces « décès », l’ONF essaie au maximum de récolter et utiliser le bois mort. « Ca dépend du degré de dégradation de l’arbre mais généralement, les bois secs sont encore utilisables. Pour l’emballage, en faire des caisses en bois par exemple. » Par contre, plus question de les utiliser « dans des services nobles, comme la charpente ». 

Des aides de l’Etat seraient en cours de programmation « pour faciliter le transport de ce bois vers les régions demandeuses (Sud-Ouest, Bretagne). »

Que faire ?

Malheureusement, impossible pour l’instant d’endiguer le phénomène. « A la limite, pour un jardin, on peut l’arroser. Mais sur de telles surfaces, c’est impossible. Et même si ça l’était, on risquerait de dérégler toute la biodiversité » pragmatise l’expert.

Une seule solution donc : « il faut attendre et voir comment ça évolue. Comment la nature gère ça. »

Une évolution de nos forêts

Et la nature devrait gérer ça comme elle l’a toujours fait : en évoluant. « Il se peut que des espèces du sud, plus résistantes à la chaleur, viennent s’implanter dans nos forêts. » 

Conséquence probable, un nouveau paysage, au moins partiel, de nos tableaux forestiers. « Il faut que le grand public s’attende à voir des forêts qui changent" prévient le directeur de l'ONF bisontin.

Un réchauffement trop rapide

Mais problèmes demeurent. «En général, cette évolution se fait sur plusieurs milliers d’année. Là, les bouleversements se sont fait en quelques dizaines de mois. Il n’est pas certain que la nature puisse s’adapter aussi vite. »

Aussi, si les arbres morts se multiplient, « on ne pourra pas tous les récolter et il en restera en forêt. » Attention alors aux chutes de branches. « Des pans entiers de forêts pourraient alors être interdits au public, comme dans les Vosges ou en Suisse » réfléchit M. Kowalski.

L’avenir de nos forêts plein d’incertitudes

« On savait que le réchauffement climatique arrivait, mais les conséquences sont là beaucoup plus vite que ce que les scientifiques annonçaient. Qui peut prédire les conséquences à terme ? Il y a une vraie responsabilité de l’humanité sur ce qui est en train de se produire, et beaucoup d’incertitudes quant à l’avenir de nos forêts » conclut le forestier.  

(Avec AFP)

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