Michel Loup : découverte d'un photographe pas ordinaire

Publié le 17/12/2017 - 08:46
Mis à jour le 17/04/2019 - 15:11

Michel Loup est photographe professionnel dans le Jura depuis trente ans. Ayant fait ses débuts dans la Marine, il a bifurqué vers la photogravure et s’est mis à son compte en 1994. Il s’attèle désormais à capturer dans son objectif la nature environnante des montagnes et lacs du Jura – paysages, faune, flore. Depuis le début des années 2000, il s’est pris de passion pour la photographie subaquatique et en tire des clichés présentant sous une facette rarement abordée notre paysage sous-marin. maCommune.info vous présente son entrevue avec ce véritable passionné…

Photo sous-marine

maCommune.info : Quels sont vos sujets de prédilection ?

Michel Loup : Je mets surtout en avant mon travail sur le Jura, une partie subaquatique et une partie paysage. Nos montagnes du Jura ont une forte identité et tout y est photographiable : les saisons, paysages, les animaux, la flore, le milieu aquatique... Je souhaite mettre en valeur les sites, la nature. Je veux donner envie de protéger ces milieux en montrant leur beauté.

Récemment, je me suis mis à la photo animalière. Mais les animaux rares, insolites ou mystérieux – comme les crapauds. On les trouve au départ plutôt repoussant, mais pour moi c'est tout le contraire. J'ai toujours été attiré parce que les autres repoussent, par tout ce qui sort de l'ordinaire, même ce qui fait un peu peur. Je compte bien faire les araignées, les serpents. J'ai bien-sûr fais les chamois, les oiseaux… Et surtout les chevêches, de petits rapaces nocturnes d'Europe très peu connus du grand public.

Les animaux sont-ils une partie importante du travail ?

Ce qui m'épanouit dans ce métier, c'est avant tout la rencontre, plus encore que la photo.  Rencontrer des animaux qui ne s'enfuient pas, ça change tout, l'émotion est décuplée. Cela crée des contacts de plusieurs minutes. Je les savoure pleinement parce que c'est assez rare.

Parfois, les animaux s'habituent à ma présence. Comme si je faisais partie du décor. Ils savent que vous ne présentez pas de danger et cela se passe très bien, on a droit à de la curiosité. Pendant 15 jours ils vont être méfiants, rester à distance de sécurité, et soudain je suis adopté. Les animaux viennent très près, j'ai même caressé un brochet qui venait me voir  - animal pourtant fuyant.

Certaines rencontres avec eux ont-elles été spéciales à vos yeux ?

Elles le sont toutes. Mais j'en retiens une particulièrement fascinante avec un lynx. J'ai mis quatre ans à le trouver. Je savais qu'il avait été aperçu dans le coin, pas loin de chez moi… Je ne croyais pas trop réussir à le voir ou même à l'approcher mais l'enquête était captivante. Je suis rentré dans le jeu et je l'ai trouvé. On a eu un long échange de regard. C'était très surprenant, le lynx n'était pas du tout farouche - alors qu'on était très près. Je n'oublierai jamais son regard, j'y ai vu une vraie confiance, presque une bienveillance.

Pourquoi avoir bifurqué vers la photographie subaquatique ?

En photographie terrestre, j'étais souvent gêné par la ligne d'horizon, la différence terre/ciel, cette grande ligne horizontale. Mais dès que j'ai mis ma première palme sous l'eau, j'ai été très agréablement surpris : je ne voyais des lignes verticales ! Ça a été une révélation. En plus de ça, je me suis un peu senti dans ma bulle, isolé du reste du monde. Ça m'a vraiment plu et j'y suis depuis resté.

Comment faire pour prendre une photographie sous l'eau ? (combinaison, appareil, lumière)

L'appareil photo est assez simple, mais j'y fixe un boîtier numérique dans un caisson étanche (ce qu'on appelle un dôme) qui protège l'objectif.

Au niveau habillement, je porte une combinaison assez chaude pour l'hiver (7mm), des chaussons de plongés, des palmes et un masque avec tubas. Je ne prends surtout pas de bouteille d'oxygène. Je plonge donc à deux mètres maximum sous l'eau, et encore lorsqu'elle est très claire. Plus bas, la lumière est quasiment disparue, et comme je travaille en lumière 100% naturelle…

Bien évidemment, je ne prends jamais de flash. Il tue l'ambiance et en montre une autre. Ce que je trouve sous l'eau est une réunion, qui filtre à travers les nénuphars. Et grâce à la technologique, je peux aujourd'hui montrer cette ambiance de façon très fidèle, très détaillée.

Y a-t-il une technique spéciale à apprendre pour réussir de beaux clichés sous l'eau ?

Il y a bien une technique pour approcher le poisson sans faire peur, pour bouger sans déranger le paysage sous-marin. Par exemple, faire des mouvements des mains est hors de question. Bouger avec une trop forte ampleur aussi, la poussée d'Archimède fait que s'il y a un déplacement d'eau, les poissons, qui ressentent les ondes, fuient. Bien savoir bouger, c'est d'avantage un automatisme qu'une technique, ça vient avec l'expérience.

Je peux rester trois heures si je ne trouve rien – ce qui est très rare – à sept heures si tout est passionnant. L'année dernière, je ne remontais que pour manger. Et sans les maux de crâne et aux cervicales, j'y serais resté facilement douze heures.

Qu'est-ce que vous cherchez lorsque vous photographiez ?

J'appuie sur l'appareil à l'instant où la lumière va venir taper le poisson, la branche, les nymphéas, le nénuphar… J'attends la bonne lumière. Il y a d'autres motifs de déclenchement comme par exemple l'arrivée imprévue d'une carpe – des poissons très discrets que je ne sens jamais venir.  

Avez-vous d'autres projets en vue ?

En ce moment, je continue ma quête du lynx, qui va rentrer dans un travail bien plus global sur l'hiver. Je devrais en tirer une exposition et un livre. C'est cependant de plus en plus dur car les hivers sont de plus en plus courts… Je dois être sur le qui-vive.

Un nouveau site portant mon nom devrait également voir le jour. Il constituera une galerie de mes clichés terrestres et surtout animaliers, qui ne sont pas encore disponibles sur mon site actuel – plutôt focalisé sur mon travail subaquatique.

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