Rhodiacéta : avant sa destruction, quel souvenir en garder ?

Publié le 17/08/2019 - 16:00
Mis à jour le 19/08/2019 - 14:44

La démolition de la Rhodiacéta est en cours depuis mai 2018. Et si aujourd’hui ses murs tombent pour laisser place à un parc outdoor, ils n’en sont pas moins chargés d’histoire et d’aventures – parfois tragiques. Un photographe bisontin a su les immortaliser, témoignant des nombreux passages d’artistes illégaux et d’aventuriers d’un jour qui s’y sont risqués…

La Rhodiacéta de Besançon n'avait plus bonne réputation depuis longtemps. Si elle a fait travailler plusieurs milliers de Francs-Comtois dans son âge d'or, elle était devenue une "verrue" dans le paysage de la capitale comtoise. Un bâtiment fantôme en décomposition depuis 35 ans, où il était dangereux de s'aventurer et qui attirait "les mauvaises fréquentations".

L'urbex, phénomène en vogue

Pourtant, durant ces nombreuses années de décrépitation, un tout nouveau public s'était approprié les lieux - d'une manière bien clandestine. Les amoureux "d'urbex", l'exploration urbaine. Une pratique visant à visiter et pourquoi pas s'installer fugacement dans les lieux autrefois en activité mais abandonnés depuis longtemps.

S'y donnaient rendez-vous divers publics : les aventuriers souhaitant quelques sensations fortes dans de gigantesques pièces sombres et angoissantes, les squatteurs occasionnels, profitant d'un endroit désert pour se réunir entre amis, et "last but not least", les amoureux d'art urbain.

Des dizaines d'artistes d'un jour

La Rhodiacéta, c'était surtout le terrain de jeu des graffeurs, armés de bombes de peinture et dont les mille murs vides de la Rhodiacéta composaient autant de gigantesques toiles vierges. Là, des dizaines d'artistes illégaux anonymes, reconnaissables uniquement à leurs tags (leurs signatures) s'y sont donnés à coeur joie. Jour après jour, rivalisant d'inventivité et allant chercher toujours plus loin dans leur palette de couleur.

Ils ont ainsi donné à la vieille usine un aspect complètement unique à Besançon, où des murs gris, humides et froids, éclairés seulement par quelques filets de lumières filtrant par des carreaux éclatés en mille morceaux, revivaient grâce à des centaines et des centaines de coups de pinceau désordonnés.

Et si tous ces graffeurs n'étaient pas des "Banksy", maître incontesté du genre dans le monde, l'explosion de couleurs, de formes et leur accumulation rappelait une galerie d'art, où exposeraient des foules d'artistes schizophrènes, dans un délicieux tourbillon de genres et de styles différents.

La Rhodiacéta, une page de notre histoire

Pourtant, tout à une fin, et surtout l'art urbain. Les murs chutent et avec eux, les canvas des graffeurs. Mais si une page de Besançon se tourne, nul besoin de nier ou d'oublier le passé.

La Rhodiacéta, passée d'usine à terrain de jeu - bien dangereux - d'un public clandestin, deviendra bientôt un parc vert et familial. Et en s'y promenant, les Bisontins sauront se rappeler de son histoire. L'histoire de ce témoin privilégié de l'évolution de la ville, qui se sera transformée en même temps qu'elle, au fil des aléas de la vie et de l'évolution des mentalités. Où nos grands-parents ont travaillé, où nos frères allaient gribouiller le soir et où nos enfants iront s'amuser.

Les murs tombent, certes, mais les photographies demeurent. Et avec elles, les souvenirs sont impérissables.

Rappel : l'urbex est dangereux et illégal. Il n'est pas rare, lors d'une exploration, qu'une personne traverse un plancher. Ne mettez pas vos vies en danger. 

Retrouvez les vidéos de l'expédition du photographe sur le site de la Rhodiacéta sur youtube :

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