15 milliards d'euros pour soutenir la filière aéronautique française

Publié le 09/06/2020 - 14:45
Mis à jour le 09/06/2020 - 15:02

« La crise a mis un coup d’arrêt » à une croissance de près de 30 ans dans cette industrie, « l’une des plus performantes au monde », a rappelé le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, en décrétant « l’état d’urgence » pour la filière. Fonds de soutien aux entreprises en difficulté, financement de la recherche vers l’avion neutre en carbone en 2035, commandes anticipées : le gouvernement français a dévoilé ce mardi 9 juin 2020 un vaste plan de soutien de 15 milliards d’euros à la filière aéronautique, ravagée par la crise du coronavirus.

© D Poirier ©
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Après un plan pour le tourisme de 18 milliards d'euros, un autre pour l'automobile de 8 milliards, le gouvernement a de nouveau sorti l'artillerie lourde pour soutenir un secteur stratégique, qui représente 300.000 emplois directs et indirects et une balance commerciale positive de 34 milliards d'euros. "La crise a mis un coup d'arrêt" à une croissance de près de 30 ans dans cette industrie, "l'une des plus performantes au monde", a rappelé le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, en décrétant "l'état d'urgence" pour la filière.

Le secteur est en effet victime de l'effet cascade de l'effondrement du trafic aérien et des difficultés financières des compagnies aériennes, amenées à annuler ou reporter des commandes. La crise met "la survie d'Airbus en jeu", selon son patron Guillaume Faury. Et avec celle du mastodonte aux 48.000 salariés en France, celle d'une myriade d'équipementiers.

L'Etat avait déjà annoncé sept milliards d'aides en prêts à Air France pour sauver la compagnie et lui permettre de concrétiser ses commandes de 60 Airbus A220 et 38 gros-porteurs A350, qui donneront du travail à l'avionneur et ses fournisseurs.

Outre les mesures de chômage partiel qui devraient être allongées et les prêts garantis par l'Etat, Bruno Le Maire a annoncé l'extension des garanties export et un moratoire sur le remboursement des crédits à l'export. Un fonds d'investissement doté de 500 millions d'euros va être créé dès cet été pour abonder en fonds propres les PME et entreprises de taille intermédiaire en situation de fragilité.

La banque publique BPIFrance "apportera 200 millions d'euros, les industriels (Airbus, Safran, Dassault Aviation et Thales, ndlr) 200 millions d'euros également, 100 millions au moins seront fournis par le gestionnaire de fonds qui sera choisi par appel d'offre", a précisé Bruno Le Maire. A terme, le fonds permettra de lever un milliard d'euros selon lui.

Un autre fonds de modernisation de l'outil de production doté de 300 millions sur trois ans doit accompagner la numérisation et la robotisation des PME et des ETI.

"Accélération de 10 ans" 

Cette filière étant "duale", travaillant à la fois pour le civil et le militaire, le ministère des Armées va également contribuer, en anticipant dès cette année des commandes d'aéronefs militaires qui étaient prévues pour plus tard, à hauteur de 600 millions d'euros, soit environ 5% de son budget d'équipements, selon la ministre Florence Parly.

Plus de 200 millions seront également consacrés à l'achat d'aéronefs pour la gendarmerie et la sécurité civile. Le plan ambitionne également de préserver la capacité de l'industrie à innover et préparer l'avion du futur.

"La flotte Airbus représente environ 45% de ma flotte mondiale d'appareils moyens et long-courriers et Safran motorise plus de 70% des avions moyen-courriers dans le monde", a observé la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne. "Soutenir l'industrie aéronautique française est donc indispensable" à la réduction des émissions de CO2 du trafic aérien mondial.

L'Etat va donc consacrer quelque 1,5 milliard d'euros de financement public sur trois ans pour "parvenir à un avion neutre en carbone en 2035". "C'est une accélération de 10 ans par rapport aux objectifs initiaux de la filière. Cela nous permettra de fixer les nouveaux standards mondiaux de l'avion bas carbone", a estimé Mme Borne, en poussant notamment au développement d'un moteur à hydrogène.

Un objectif de neutralité carbone "ambitieux", a réagi le président du Groupement des industries aéronautiques et spatiales (Gifas) Eric Trappier, se félicitant d'annonces qui vont permettre de "préserver la santé" de toute la chaîne de fournisseurs. Greenpeace quant à elle regrette que le "gouvernement continue à se voiler la face sur l'essentiel" avec ses "futurs avions soi-disant décarbonés", et rappelle la nécessaire réduction du trafic aérien pour réduire les émissions.

Jugeant "rassurantes" ces annonces, les syndicats à l'image d'Edwin Liard, secrétaire fédéral FO de la Métallurgie, font toutefois part de leurs "inquiétudes sur l'emploi". "Si nous n'étions pas intervenus tout de suite, c'est un tiers des emplois de la filière qui auraient disparu", a jugé Bruno Le Maire, appelant les industriels à tout "faire pour éviter les départs contraints".

(Source AFP)

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