Gendarmerie du Doubs : +150% d'interventions pour violences intrafamiliales et +125% pour tapages pendant le confinement

Publié le 11/05/2020 - 16:52
Mis à jour le 11/05/2020 - 17:12

EXCLUSIVITE • Après 55 jours de confinement, ce lundi 11 mai 2020, la gendarmerie du Doubs nous dresse un bilan des interventions les plus courantes et qui ont explosé pendant cette période. Elle enregistre une hausse de +150% des interventions pour des violences intrafamiliales et de +125% pour des tapages diurnes et nocturnes. Le major Philippe Antoni, officier de communication et chef de cabinet communication RGFC nous en parle.

 © Alexane Alfaro
© Alexane Alfaro

maCommune.info : Avez-vous constaté une augmentation de certaines infractions entre le 17 mars et le 11 mai dans le Doubs ?

"Oui, nous avons vu une évolution assez drastique du nombre d'interventions pour violences intrafamiliales, soit une augmentation de plus de 150% entre le 17 mars et le 11 mai. C'est le premier motif d'intervention dans cette période de confinement en terme de volume d'interventions. Sur la globalité des victimes, 80% étaient des femmes, 20% des hommes. 30% des violences ont été faites sur des enfants.  

Le deuxième motif d'intervention dans cette période de confinement est le tapage, soit une augmentation de 125% entre le 17 mars et le 11 mai.

Les autres interventions dans d'autres domaines ont diminué de 80 à 90% pendant cette période."

mCi : Quelle est la procédure lorsque vous intervenez pour des violences intrafamiliales ?

"Pour les violences intrafamiliales, il est important de savoir que si c'est la gendarmerie qui intervient, elle peut résoudre la situation sur place, l'apaiser. Ensuite, on rédige toujours des renseignements judiciaires, on prévient ensuite les associations des victimes, et le procureur de la République est toujours informé des faits, dès qu'il y a une intervention pour violences intrafamiliales. 

Nous, gendarmerie du Doubs, avons beaucoup communiqué pendant le confinement sur les violences intrafamiliales tant sur Facebook, que dans les médias ou nos communications aux élus, en partenariat avec le CCAS et des associations d'aide aux victimes, pour pouvoir donner à ces personnes victimes de violences toutes les possibilités de prévenir les forces de l'ordre : je vous parlais de points de contact dans les marchés, dans les centres commerciaux ou ne serait-ce que lorsque vous rencontrez un gendarme dans la rue, de pouvoir solliciter quelqu'un pour prévenir de votre détresse. On a eu également un partenariat avec les pharmacies qui pouvaient avertir les forces de l'ordre en toute discrétion."

mCi : Avez-vous reçu des appels de voisins pour rapporter des violences intrafamiliales ? 

"Il y a des voisins, bien sûr, comme ça s'est toujours fait, qui nous ont dénoncé des faits de violences. Quand ils sentent qu'il y a un danger pour quelqu'un à côté, c'est le rôle de tout citoyen, et ça évite le pire. Un citoyen qui ne va pas secourir quelqu'un qui est en danger se met en infraction."

mCi : À quelle(s) situation(s) notable(s) en matière de tapage ont été confrontés les gendarmes sur le terrain ? 

"Sur les tapages, les gendarmes sont intervenus pour des cas de toutes sortes : ça peut être de la musique, la tondeuse du voisin, des personnes qui font du bruit dans la rue… c'est très éclectique. On n'a pas d'exemple qui sort de l'ordinaire, diurne ou nocturne. La plupart du temps, on arrive à faire cesser l'infraction.

On intervient dans un premier temps afin de raisonner notamment grâce au dispositif Quaro, mis en place au niveau du centre opérationnel, qui permet à nos opérateurs qui répondent au 17, d'appeler la personne en cause pour qu'elle cesse le tapage, avant de dépêcher une patrouille, s'il n'y a pas d'urgence ou s'il n'y a pas d'évènement conséquent, naturellement.

On rappelle la personne appelante, pour savoir si le bruit a cessé.

Si le bruit a cessé, on ne fait pas intervenir de patrouille. Sinon, une patrouille intervient et essaie de régler le problème à l'amiable. S'il s'agit d'une personne connue de nos services, il y a un relevé d'infraction qui est établi pour tapage."

mCi : Avez-vous reçu beaucoup d'appels de voisins pour dénoncer des non-respects de confinement ? Y a-t-il eu des délations ?

"Oui, on a eu des voisins qui nous ont appelés pour dénoncer des non-respects du confinement. Je dis bien - dénoncer - le mot est important, parce qu'il y a une différence entre une dénonciation et une délation qui est là pour faire du mal alors que les faits ne sont pas avérés. Et, nous n'avons pas eu de délation.

Donc, nous avons eu des appels de personnes qui nous ont rapportés, dénoncés des faits dans le cadre du civisme pour se protéger et protéger les autres : souvent il y a eu des apéros de voisins, barbecue… et évidemment les gens appellent.

Il y avait un relevé d'infraction immédiat après avoir constaté les faits. Les gendarmes étaient là pour faire de la prévention."

mCi : Quel est votre ressenti en tant que gendarme sur ces deux mois de confinement : avez-vous ressenti une "montée en puissance" d'incivilités, de "craquages" dans les foyers ou sur la voie publique de la population ou certaines populations, une sorte d"électricité dans l'air" ?

"Il y a eu des violences et des outrages envers les gendarmes. Elles ont augmenté de 75% lors des interventions pour tapages. Souvent, les gens sont alcoolisés ou ils sont connus pour ces faits. En raison de ce confinement, ça a en effet augmenté ces façons de réagir. Pour certains, l'alcool désinhibe et permet de s'extraire d'un monde morose, d'un monde qu'ils aimeraient quitter pour revenir à la normale. Cela dépend aussi de la situation économique, sociale et du lieu dans lequel les personnes vivent. En milieu urbain, le bruit est bien plus gênant qu'en milieu rural.

La situation était particulière pour tout le monde, y compris pour le gendarme qui la vivait avec ses proches, sa famille au même titre que le citoyen bisontin, le citoyen français, le confinement s'adressait également au gendarme. Par rapport au relationnel qu'il avait avec les citoyens, il y avait ce sentiment particulier, on sentait que personne n'avait vécu ça. Pour autant, il n'y avait pas d'électricité dans l'air. La majorité des personnes comprenait le bien du confinement et respectait les consignes gouvernementales. Il y a cependant eu quelques écarts de matière de sécurité routière, sinon, les gens comprenaient les directives dans la très grande majorité des cas."

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