L'affaire Daval, mécanique d'une "ultramédiatisation"

Publié le 23/11/2020 - 10:15
Mis à jour le 23/11/2020 - 09:53

De la prétendue disparition d’une joggeuse en plein mouvement #MeToo au procès hors norme, l’affaire Daval a fasciné les médias avec une partie civile omniprésente, de multiples rebondissements et une dramaturgie soigneusement entretenue par les chaînes d’information en continu.

La famille Fouillot après l'énoncé du verdict à Vesoul le 21 novembre 2020 © TL
La famille Fouillot après l'énoncé du verdict à Vesoul le 21 novembre 2020 © TL
"Tout ce qui fait l'affaire Daval, c'est la médiatisation" : a lancé face aux jurés Me Randall Schwerdorffer, l'avocat de Jonathann Daval, condamné samedi à 25 années de réclusion criminelle par la cour d'assises de la Haute-Saône après six jours d'un procès d'une rare intensité.

Parties civiles omniprésentes dans les médias, multiples reportages, mini-série à succès diffusée en plein procès par BFMTV, grands formats, torrents de commentaires sur les réseaux sociaux...

Comment ce fait divers conjugal et provincial est-il devenu une success story médiatique nationale? Quand et pourquoi les médias entrent-ils en scène?

Mensonges

"La médiatisation est arrivée à la première journée des battues" organisées le 29 octobre 2017 pour retrouver Alexia dont le corps sans vie sera découvert le lendemain, se souvient Isabelle Fouillot, la mère de la victime, interrogée samedi sur BFMTV, chaîne qui a consacré d'importants moyens et de longues heures d'antenne à l'affaire et au procès.

"Les caméras sont arrivées sur ce mensonge de joggeuse" disparue, inventé par Jonathann Daval pour maquiller le meurtre de sa femme, a-t-elle rappelé.

L'affaire de la "joggeuse disparue" aimante les médias. Dans l'inconscient collectif, "la disparition d'une joggeuse implique un prédateur" qui rôde, analyse Me Schwerdorffer.

Des photos d'Alexia diffusées dans la presse montrent le visage d'une jolie fille souriante à laquelle chacun peut s'identifier. "Alexia était la fille de tout couple français. Une fille simple", a résumé dimanche, toujours sur BFMTV, son père, Jean-Pierre Fouillot.

L'instruction, scrutée par la presse, sera ponctuée de multiples coups de théâtre qui donneront autant de coups de fouet médiatiques à l'affaire.

Premier d'entre eux, l'arrestation en janvier 2018 de Jonathann Daval. Trois mois auparavant, son visage de veuf éploré baigné de larmes avait ému la France entière. Son placement en garde à vue fait l'effet d'une bombe médiatique. Sa puissance est décuplée par le mouvement #MeToo qui bat alors son plein.

L'affaire prend même une dimension politique lorsque Me Randall Schwerdorffer évoque pendant la garde à vue la personnalité, supposée "écrasante", d'Alexia. Marlène Schiappa, alors secrétaire d'Etat en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes, dénonce aussitôt un "victim blaming".

"Chaudron médiatique"

Les incessantes volte-face de Jonathann Daval durant l'instruction alimentent la chronique avec deux temps forts : lorsqu'il accuse son beau-frère Grégory Gay d'être le meurtrier d'Alexia, puis lorsqu'il avoue de nouveau, s'agenouillant devant Isabelle Fouillot au cours d'une confrontation bouleversante face au juge d'instruction.

"Ses mensonges successifs ont contribué à la médiatisation de cette affaire", a souligné à l'audience Me Gilles-Jean Portejoie, l'un des avocats des parties civiles.

Le procès Daval, labellisé "Grand Procès" par le ministère de la Justice, aura concentré aussi pendant six jours plusieurs dizaines de journalistes d'une quarantaine de médias dans le huis clos du petit tribunal judiciaire de Vesoul. Un véritable chaudron médiatique en plein confinement.

Dans ce procès aussi, les parties civiles, meurtries mais dignes, ont joué les premiers rôles.

"Grégory"

Isabelle Fouillot a incarné leur visage. S'exprimant inlassablement, matin et soir, ainsi qu'à pratiquement chaque suspension d'audience face à un mur de caméras et de micros, l'élégante sexagénaire aura inlassablement défendu la mémoire de sa fille.

Quant aux avocats, ils ont développé face caméras leurs thèses, véritables plaidoiries bis qui, s'ajoutant aux nombreuses fuites qui avaient jalonné l'instruction, ont eu le don d'agacer l'avocat général, Emmanuel Dupic.

"Ce procès est d'abord un procès médiatique dans lequel peuvent s'exprimer les parties civiles et la défense", a-t-il déploré dans son réquisitoire, appelant le "législateur à revenir sur ce déséquilibre" entre la défense et le ministère public.

Paradoxalement, c'est devant les caméras et les micros que le magistrat a réitéré ses critiques, alors que la cour venait de se retirer pour délibérer.

En magistrat expérimenté, le président de la Cour, Matthieu Husson, avait averti d'emblée les jurés : "vous ne devez pas être jugé différemment parce que cette affaire a connu un retentissement particulier", promettant "l'impartialité" à Jonathann Daval.

Dimanche, Jean-Pierre Fouillot a fait le rapprochement entre la mort de sa fille et un autre grand fait divers qui continue de fasciner, 36 ans après : "le visage d'Alexia restera, comme celui du petit Grégory". C'était sur BFMTV.

affaire daval

Procès au civil pour dénonciation calomnieuse : Jonathann Daval fixé en juin

La cour d'appel de Besançon décidera le 13 juin 2025 si Jonathann Daval, condamné à 25 ans de réclusion pour avoir tué son épouse Alexia, doit verser des dommages et intérêts à son ancienne belle-famille pour l'avoir injustement accusée du meurtre, a-t-elle annoncé vendredi 11 avril.

“Je voulais qu’elle se taise”: sortie du livre de l’avocat de Jonathann Daval

Me Randall Schwerdorffer, l’avocat bisontin de Jonathann Daval, condamné pour le meurtre de sa femme Alexia, livre son récit et son analyse de « l’affaire Daval » dans un ouvrage coécrit avec le journaliste Frédéric Gilbert et qui paraît ce jeudi  14 octobre 2021.

Affaire Daval : plus de 800.000 euros réclamés par la famille d’Alexia

Mise à jour • La famille d’Alexia Daval a réclamé lundi 22 février 2021 devant la cour d’assises de la Haute-Saône plus de 800.000 euros de dommages et intérêts à Jonathann Daval, condamné à 25 ans de réclusion criminelle en novembre pour le meurtre de son épouse. La cour rendra sa décision le 25 mai 2021 à Vesoul.

La question des indemnités réclamées par la famille d’Alexia examinée lundi

Affaire Daval • « Justifiées » pour les parties civiles, « disproportionnées » pour la défense : la justice est saisie ce lundi 22 février 2021 à Vesoul de la question des indemnités réclamées par la famille d’Alexia à Jonathann Daval, condamné fin novembre à 25 ans de réclusion pour le meurtre de son épouse.

Justice

Poulain jeté dans un trou : un éleveur condamné et interdit à vie de détenir un animal

Un éleveur de chevaux du Doubs qui avait jeté un poulain dans un trou, entraînant sa mort, a été condamné lundi 27 avril 2026 à Besançon à une interdiction définitive de détenir un animal et d'exercer une profession en lien avec les animaux, a-t-on appris auprès du parquet.

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Incendie de Crans-Montana : un ex-responsable de la commune fait valoir son droit au silence

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Affaire Avenir Fermetures à Saint-Vit et Rioz : des clients lésés face à des liquidations judiciaires

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