Police municipale de Besançon : la suppression de la brigade VTT au centre-ville ne passe pas…

Publié le 16/06/2023 - 11:19
Mis à jour le 17/06/2023 - 08:22

MISE À JOUR • En mars 2023, le syndicat Force ouvrière avait convoqué la presse à une conférence pour déclarer l’indignation des policiers municipaux face au nouveau projet de service. Parmi les annonces, la ”suppression du service VTT” en raison d’un redécoupage des zones couvertes par les agents spécialisés VTT. La question du travail de proximité des policiers municipaux se pose. Pour la Ville de Besançon, il s’agit de couvrir ”tous les terrains”.

Le projet de service, initié par la Ville de Besançon, prendra effet à partir de début septembre 2023. Dans ce projet, figure notamment un redécoupage de la couverture de la ville de Besançon par les agents en VTT. En exemple, actuellement, chaque jour, une équipe de policiers municipaux  spécialisée en vélo sillonne le centre-ville. Ce ne sera plus le cas à partir de la rentrée au grand dam des policiers municipaux, mais aussi de certains commerçants.

”On ne recrute pas autant qu’on le voudrait”

”Pour pallier au manque d’effectifs, la Ville veut restructurer le service : Besançon ne sera plus découpée en quatre zones, mais en seulement deux zones”, s’insurge un jeune retraité de la police municipale bisontine qui y a travaillé pendant 12 ans. ”Il n’y aura plus de spécialistes VTT au centre-ville comme dans tous les secteurs, ces agents seront dispatchés dans les équipes.”

Contacté par téléphone, Benoît Cypriani, adjoint à la maire de Besançon en charge de la sécurité, de la lutte contre les incivilités et de la tranquillité publique confirme : ”le changement ne portera pas sur les vélos, même si effectivement il n’y aura plus de brigade spécialisée VTT, mais tous ceux qui opèrent au centre-ville et à proximité du centre-ville et au-delà et qui le veulent, pourront continuer de circuler en vélo, bien sûr.” Et d’ajouter : ”on est bien sûr pour mettre le plus d’agents possible sur des vélos.”

Actuellement, la police municipale compte 51 agents contre 61 il y a 3 ans. L’objectif pour la Ville de Besançon est d’atteindre les 69 effectifs dès que possible. ”Mais on a du mal à recruter, on ne recrute par autant qu’on le voudrait, il faut savoir qu’il manque 15.000 policiers municipaux en France, nous ne sommes pas la seule ville à vouloir recruter”, explique Benoît Cypriani.

Des policiers municipaux qui ne verbalisent pas (assez)

”Ce qui nous gêne en tant qu’élus, c’est quand un policier passe à côté d’un véhicule mal stationné et qu’il ne le verbalise pas sous prétexte que ce n’est pas son secteur”, explique l’adjoint à la Sécurité, ”donc à partir de septembre, ce sera plus difficile de répondre ça puisqu’il n’y aura plus que deux secteurs au lieu de quatre.”

  • Quel objectif de cette suppression de la brigade VTT ?

Pour Benoît Cypriani, cette division en deux zones a pour but ”d’apporter une plus grande polyvalence sur ces secteurs, c’est-à-dire que s’il y a besoin de plus d’agents sur un quartier, ce sera plus facile de demander aux agents rattachés d’intervenir sur tel ou tel endroit, c’est plus facile à gérer et bien sûr, le but est de rendre un meilleur service à la population, ce n’est pas d’embêter les gens.”

Lors d'une conférence de presse de dernière minute ce vendredi à 14h15, la maire de Besançon, Anne Vignot, a notamment déclaré que "des brigades de 8 personnes maximum" sillonneront les deux secteurs du nouveau découpage, soit plus que la composition des brigades actuelles.

”Les policiers n’auront plus le temps d’aller au contact des gens”

Par ailleurs, le policier retraité depuis 4 mois et qui a participé aux réunions portant sur le projet de service, déplore la perdition du travail de proximité avec la population avec la suppression de la brigade spécialisée VTT. ”Les policiers n’auront plus le temps d’aller au contact des gens, il y aura deux patrouilles par-ci, deux patrouilles par-là et à quelle fréquence ? De temps en temps ?” se demande-t-il.

En réponse, Benoît Cypriani, ”les agents devront connaître un secteur plus étendu, c’est sûr, il y aura des choses à apprendre, après, savoir à qui s’adresser pour lui d’enlever sa voiture plutôt que le verbaliser, si quelqu’un gêne, je suis pour le verbaliser direct, la police de proximité est une police qui doit être là pour prévenir et pour unir aussi de temps en temps.”

À propos du travail de proximité, ”les policiers municipaux dialoguent et font de la répression, certains font plus de dialogue que de répression, d’autres font le contraire, nous on souhaite qu’il y ait les deux, quelle que soit la taille du territoire.”

”On veut faire disparaître la police municipale”

Selon l’ex-agent de police municipale, ce projet de service, ces décisions de retirer une brigade spécialisée a pour objectif final de supprimer cette police de proximité. ”On veut nous faire disparaître”, affirme-t-il, ”regardez les objectifs d’aujourd’hui et ceux d’il y a deux ans !”

Pour lui, ”l’équipe municipale ne nous écoute pas et ne nous fait pas confiance.”

En réponse, Benoît Cypriani conteste ces propos. ”C’est faux. Nous avons confiance et nous écoutons les policiers municipaux, d’ailleurs, tous les agents qui le souhaitaient ont participé aux réunions sur ce projet de service, mais à un moment, il faut trancher. On nous demande plus d’efficacité.”

Il ajoute que la Ville de Besançon souhaite une police municipale ”en nombre” et que l’idée de supprimer cette police est ”absurde”.

"Il ne faudrait pas focaliser la répression uniquement aux véhicules mal stationnés" - Union des commerçants de Besançon

Nous avons interrogé plusieurs commerçants installés principalement rue des Granges, Grande rue et rue Battant. Tous n’ont pas souhaité être cités dans notre article, mais ils se demandent tous ”pourquoi ?”.

Une gérante d’un magasin de vêtement nous confie : ”Je pense que ça va sérieusement manquer parce qu’avec eux, on peut discuter, on peut aussi leur donner notre avis, on apprend aussi de notre côté à connaître leur métier, ce n’est pas aussi facile avec des policiers enfermés dans leur voiture, s’ils ne sont plus là aussi souvent, ça va manquer”.

Un autre responsable d’une boutique d’accessoires à qui nous avons appris la nouvelle dit ne pas comprendre. ”Là, je comprends pas, en ville, tous les jours, il se passe quelque chose, on est plein à subir des vols, parfois des agressions et c’est parce qu’ils sont là tous les jours que les choses peuvent vite s’arranger ; une fois, une gamine voulait me voler un produit, ma vendeuse a vite appelé la police, mais ce sont eux qui sont arrivés quasi instantanément parce qu’ils passaient par là !”

L'Union des commerçants de Besançon nous a également informés de son inquiétude et son soutien aux policiers municipaux : "il est important que le centre-ville puisse garder une présence physique et visible des agents, que ce soit à pied ou plus particulièrement à vélo, qui assure un déplacement rapide dans toute la boucle." Et d'ajouter : "En sillonnant le centre-ville, la brigade VTT apporte une présence humaine pour lutter contre les incivilités, l’insécurité et est particulièrement appréciée des commerçants et des clients pour son contact humain."

Enfin, l'UCB explique qu'"il ne faudrait pas focaliser la répression uniquement aux véhicules mal stationnés, par une stratégie de car bashing. Incivilités, consommation d’alcool sur le domaine public doivent être réprimées de la même manière, tout comme le non-respect du code de la route, quel qu’en soit l’usager et le moyen de transport utilisé."

Infos +

Un rassemblement de policiers municipaux s'est déroulé vendredi 16 juin à 13h30 place du 8 Septembre, devant l'Hôtel de Ville où le projet de direction concernant la DSTP (direction sécurité et tranquillité publique) était proposé en instance paritaire par la Ville de Besançon.

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