Pass sanitaire : les professionnels de santé cristallisent la colère

Publié le 07/08/2021 - 09:37
Mis à jour le 07/08/2021 - 09:41

De Toulon à Lille, des manifestations sont prévues samedi dans plus de 150 villes en France, contre l’extension du pass sanitaire et la vaccination obligatoire pour les soignants, validés jeudi par le Conseil constitutionnel. Pharmaciens pris à partie, centres de vaccination et chapiteau de dépistage vandalisés, officine incendiée… Applaudis lors du premier confinement, les professionnels de santé sont désormais des cibles de la grogne contre le pass sanitaire.

Manifestation samedi 24 juillet place St Pierre à Besançon contre le pass sanitaire (illustration) © JPA
Manifestation samedi 24 juillet place St Pierre à Besançon contre le pass sanitaire (illustration) © JPA

Pour la sociologue Deborah Ridel, ces professions se retrouvent cette fois encore en première ligne, cristallisant une colère visant au premier chef un État « inatteignable ».

Ces défilés, pour le quatrième week-end consécutifs, ont lieu au lendemain d'un nouvel appel pressant lancé par Emmanuel Macron - "faites-vous vacciner" et alors que plus de 44 millions de Français ont reçu au moins une dose (65,9% de la population).

"Macron, ton pass (sanitaire), on n'en veut pas", avaient crié dès jeudi soir quelques centaines de manifestants à Paris, après sa validation par le Conseil constitutionnel.La loi qui élargit le pass sanitaire à de nouveaux lieux publics et instaure une obligation vaccinale pour les soignants a été publiée au Journal officiel vendredi. A partir de lundi, il faudra a priori présenter un certificat de vaccination, un test PCR négatif au Covid-19 ou un certificat de rétablissement de la maladie pour avoir accès aux cafés et aux restaurants, salles de spectacles ou salons professionnels, ou encore pour faire un long trajet à bord d'un avion, train ou autocar.

Dans les cortèges, beaucoup disent refuser d'être "les cobayes" de nouveaux vaccins. Mais une bonne part des manifestants, parfois vaccinés, manifestent spécifiquement contre l'imposition du pass sanitaire qui constitue selon eux une "obligation vaccinale déguisée" et instaure "une société de contrôle".

Le ministère de l'Intérieur avait recensé au moins 204.000 manifestants le 31 juillet (contre 161.000 une semaine plus tôt). "On attend globalement le même nombre de manifestants" ce samedi, pronostique une source policière.

A Besançon, la manifestation a rassemblé la semaine dernière 2.700 manifestants. Un nouveau cortège est à nouveau organisé ce samedi 7 août à 14h au départ de la place de la Révolution. 

Ce jour-là à Montpellier, des manifestants traitent de "collabo" et d'"assassin" un pharmacien réalisant des tests dans la rue, comme le montrent des images tournées par le quotidien régional Midi libre. La nuit suivante, une pharmacie est incendiée à Fort-de-France. Dans la nuit du 17 au 18 juillet, un incendie volontaire détruit un chapiteau accueillant un centre de vaccination contre le Covid-19 de la commune d'Urrugne (Pyrénées-Atlantiques). La veille, un centre de vaccination avait été vandalisé à Lans-en-Vercors (Isère) et des inscriptions anti-vaccins taguées sur le bâtiment.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, les locaux de l'Ordre des infirmiers à Toulouse ont été vandalisés, avec notamment des tags anti-pass sanitaire.

Violences et intimidations

Le 31 juillet, un "déchaînement soudain de violence s'est exprimé" à l'encontre des pharmaciens, dénoncent d'une même voix l'Ordre national des pharmaciens et les syndicats FSPF (Fédération des Syndicats Pharmaceutiques de France), USPO (Union des Syndicats de Pharmaciens d'Officine) et l'ANEPF (l'Association nationale des étudiants en pharmacie de France).

L'Ordre des médecins a condamné des "actes de violence et d'intimidation" contre "des médecins, des pharmaciens, d'autres professionnels de santé, et des personnels d'établissements ou de centres de vaccination".

Pharmacies et centres de vaccination symbolisent le pass sanitaire, qui va désormais être obligatoire pour accéder à un grand nombre d'activités, ce qui risque d'engendrer de nouvelles tensions, selon leurs représentants professionnels.

Lors des manifestations, marquées aussi par des violences contre les forces de l'ordre ou les journalistes, le ministère de l'Intérieur a assuré qu'"une attention peut être apportée par le préfet lorsque les pharmacies se retrouvent sur le chemin du cortège".

Pour Deborah Ridel, doctorante en sociologie à l'université de Lille qui a étudié les violences commises dans les services d'urgence, "les soignants de première ligne (et a fortiori à l'hôpital public) sont, aux yeux d'une grande partie de la population, les représentants - en tant qu'interlocuteurs visibles - d'un État impersonnel et inatteignable".

"Il y a dans ces formes de contestation quelque chose d'assez semblable aux revendications des gilets jaunes qui contestent un gouvernement trop éloigné de leurs considérations"

De nombreux gilets jaunes figurent dans les rangs des manifestants. Une de leurs figures emblématiques, Jérôme Rodrigues, éborgné en 2019 par un tir de grenade lors d'une manifestation, participait jeudi au rassemblement de quelques centaines de personnes devant les grilles du Conseil constitutionnel à Paris.

Le dernier rapport de l'Observatoire national des violences en milieu de santé fait état de 20.330 "atteintes aux personnes" en 2018, soit avant la crise sanitaire. La plupart des victimes sont des soignants (77%), tandis que la majorité des auteurs de violence sont des patients (71%).

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