Allaitement : cachez ce sein ?

Publié le 25/06/2022 - 12:00
Mis à jour le 02/08/2022 - 13:11

Le 2 juin dernier, une jeune maman qui voulait allaiter son enfant alors qu'elle se trouvait au musée du Louvres à Paris n'a pas été autorisée à le faire. Un agente de sécurité lui a indique que cela n'était "pas permis". Notre diéteticienne Chloé Vuillemin se penche sur cette question de l'allaitement en public, le fonctionnement de l'allaitement et ses bienfaits nutritionnels.

 © Seeseehundhund/Pixabay
© Seeseehundhund/Pixabay

Et encore une. Depuis quelques mois, difficile de passer à côté : les mères allaitantes ont du mal à conserver le droit de cité ; la dernière en date fut celle du Louvre.

Réellement : quel est le problème ?

Pour rappel, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) recommande l’allaitement maternel exclusif jusqu’à 6 mois, la poursuite de l’allaitement jusqu’aux 2 ans de l’enfant, voire au-delà suivant le désir de la mère – et de l’enfant.

Car avant d’être destiné à être un objet érotique, le sein sert à nourrir le petit humain. Que l’on souhaite / puisse avoir des enfants ou non, que l’on souhaite / puisse allaiter ou non (le manque d’informations concernant la mise en place de l’allaitement, qui n’a rien de « naturel », est d’ailleurs édifiant !), que l’on souhaite / puisse garder ses seins ou non, ou les utiliser dans une perspective de plaisir ou de séduction : la question n’est pas là, chacune son corps, chacune ses choix. Elle est plutôt : comment garantir un bon déroulement de l’allaitement si on ne peut pas nourrir son bébé dans un lieu public ? Demanderait-on à un parent d’emmener son enfant dans les toilettes pour lui donner le biberon ou son goûter ?

"Ceci n’est cependant aucunement une pression supplémentaire mise sur les mères"

Oui, le lait maternel a tout ce qu’il faut pour faire grandir le nourrisson correctement : meilleure protection contre les infections, impact positif sur le développement cognitif et sur l’apparition des allergies, etc.,  les bienfaits de l’allaitement maternel ne sont plus à démontrer. Sa composition, qui évolue en cours de tétée et avec l’âge du bébé, s’adapte en permanence à son développement physique et cérébral. Mais attention : ceci n’est cependant aucunement une pression supplémentaire mise sur les mères, qui font ce qu’elles veulent – et ce qu’elles peuvent ; le meilleur pour le bébé, c’est surtout d’avoir une mère qui va le mieux possible, et qui est soutenue dans ses choix.

L’allaitement maternel se pratique par définition à la demande : le nourrisson sait quand il a faim, et il sait également quand il n’a plus faim ; il sait parfaitement s’autoréguler. Avoir la chance d’avoir une réponse adaptée à ses sensations de faim et de satiété est la meilleure façon pour un être humain de bien débuter son rapport à l’alimentation : quand le bébé a faim, il mange ; quand il n’a plus faim, on ne le pousse pas à continuer. Et contrairement aux croyances répandues, introduire de la frustration chez un nourrisson ne le prépare pas à affronter la dureté du monde ; on lui apprend surtout qu’il ne peut pas compter sur son entourage. L’apprentissage de la frustration apparaît plus tard dans son développement.

Empêcher les mères d’allaiter en public, c’est donc soit les cloîtrer à la maison avec leur bébé, soit éloigner leur nourrisson de ce fantastique mécanisme d’autorégulation de faim et de satiété – et c’est bien dommage.

"Non, une femme qui allaite n’est pas en train d’essayer de vous séduire, ou de porter atteinte à votre pudeur : elle nourrit son enfant !"

Le contrôle social des corps des femmes a malheureusement encore de beaux jours devant lui ; nous pouvons cependant y réagir collectivement : en repensant l’espace public (pourquoi ne pas aménager des espaces pour préserver la pudeur de certaines femmes allaitantes ?) ; en n’attardant pas son regard sur une femme qui allaite (oui, même si on « trouve ça beau » : ce n’est pas un spectacle) ; en garantissant aux mères qui ont une activité professionnelle un temps et un espace pour pouvoir tirer leur lait sur leur lieu de travail (comme le prévoit normalement la loi) ; et bien sûr, en ne leur demandant pas d’aller s’isoler dans les toilettes !

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