Covid-19 : et si la réouverture des discothèques permettait de limiter la propagation du virus ?

Publié le 14/10/2020 - 18:05
Mis à jour le 12/02/2021 - 17:40

C’est une question qui peut surprendre et qui, en réalité, a toute sa légitimité à être posée en ces temps difficiles pour les libertés de chacune et de chacun, de crise économique, d’inquiétude, de santé publique… Nous nous sommes donc penchés sur cette question soulevée par la communauté des gérants de discothèques.

Anne Vignot ©Alexane Alfaro
Antonin Borie ©Clément Airau ©
Anne Vignot ©Alexane Alfaro Antonin Borie ©Clément Airau ©

Selon Antonin Borie, gérant du bar de nuit l'Antonnoir rue de Dole à Besançon et président de l'association Bars Boîtes Restos Unis de Besac (BBRU) c'est clair, les discothèques et bars de nuit ont un rôle à jouer dans la limitation de la propagation de la Covid-19 dans la société actuelle. "Si la fermeture de nos pistes de danse peut s'entendre, celle de nos établissements ne fait qu'accroitre les rassemblements "sauvages" de fêtards (jeunes ou moins jeunes) qui ont par ailleurs plus que jamais besoin d'exutoire et de vie sociale, et qui donc se rassembleront quoi qu'il arrive".

Et d'ajouter : "Notre point de vue, mais également celui de l'ARS, appuyé par de nombreuses études et par des faits concrets, est que ces rassemblements sont beaucoup plus maîtrisés lorsqu'ils se déroulent dans l'enceinte d'établissements appliquant des protocoles stricts que lorsqu'ils se tiennent dans des appartements ou sur l'espace publique, ou aucun protocole sanitaire n'est appliqué et/ou personne n'est là pour encourager le respect des gestes barrières."

"Ces rassemblements sont beaucoup plus maîtrisés lorsqu'ils se déroulent dans l'enceinte d'établissements appliquant des protocoles stricts"

En d'autres termes, les discothèques seraient en capacité recevoir le public dans le respect des mesures sanitaires identiques à celles des bars et des restaurants. Le Teasing, L'Antonnoir ou encore le QG sont, en plus, des espaces souvent bien plus grands que des bars classiques. La distanciation pourrait apparemment se faire sans difficulté.

Elles ont même un truc en plus : des vigiles. En plus de leur mission de faire respecter l'ordre dans ces lieux de fête, ils pourraient également contrôler le bon respect des gestes barrières, la distanciation physique, le port du masque. C'est déjà le cas à La Rodia par exemple, où les vigiles veillent à ce que le public suive le protocole.

Qu'en pense Anne Vignot, la présidente de Grand Besançon Métropole ?

Nous avons demandé à Anne Vignot, présidente de Grand Besançon Métropole de nous donner son avis sur la réouverture des discothèques en cette période.

Elle nous affirme que l'argument d'ouvrir les discothèques pour limiter la propagation du virus "est un argument que je tenais auprès du préfet du Doubs". Et d'ajouter : "plus on a de lieux régulés, mieux c'est, parce que de toute façon, les jeunes feront la fête et ils la feront où ils veulent la faire, soit dans la nature et la police serait appelées ou pire chez eux et là, on ne maitrise rien du tout." La maire souligne également les arguments avancés par les représentants des discothèques : "une discothèque est rigoureuse au niveau du renouvellement de l'air, du nombre de personnes et il y a un vigile donc on pourrait tracer les éventuels cas contacts."

"Une discothèque est rigoureuse au niveau du renouvellement de l'air, du nombre de personnes et il y a un vigile donc on pourrait tracer les éventuels cas contacts."

Et danser ? "Ca pose question…" Selon elle, "alors pourquoi ne pas laisser les personnes qui arrivent ensemble, les couples, danser uniquement ensemble comme ce qui est autorisé dans les clubs de danse par exemple."

 Les discothèques "transformées" en bar classique, ça donnerait quoi ?

Le préfet du Doubs et la présidente de Grand Besançon Métropole ont proposé aux gérants des six discothèques de l'agglomération de prendre un statut de bar le temps de l'épidémie. Cela pourrait mettre du beurre dans les épinards pour les gérants qui n'ont pas rouvert depuis le 17 mars. À ce jour, seul le QG a accepté de passer le pas, mais pour passer du statut de discothèque à celui de bar, ça ne se fait pas en un claquement de doigts !

Antonin Borie nous explique qu’"On nous autorise actuellement à ouvrir en "bar classique" et donc sans piste de danse et avec les mêmes protocoles sanitaires que les établissements de jour, qu'à la condition de modifier administrativement la catégorie et la classification de nos établissements pour passer du Type "P" à "N". Cela implique d'une part, des démarches lourdes auprès des services préfectoraux (délai habituel : 2 mois), et d'autre part le passage d'une commission de sécurité à nos frais. Il faut encore ensuite obtenir de la part des mairies, des autorisations temporaires d'ouverture tardive, ce que tous les maires de France n'accorderont pas forcément.

"Ce changement de classification qui se veut provisoire fait perdre temporairement la valeur de nos fonds de commerce."

Enfin, ce changement de classification qui se veut provisoire fait perdre temporairement la valeur de nos fonds de commerce que nous avons tous achetés plus cher que des établissements de jour. Or, la préfecture ou la mairie ne nous donne à ce jour aucune garantie de retrouver par la suite cette classification qui donne toute la valeur à nos équipements. Équipements qui sont spécifiques à nos activités et qui ont donc, eux aussi, engendré des coûts importants et inhérents aux activités qui sont les nôtres en temps normal."

La présidente de GBM et maire de Besançon nous confirme : "Moi je les suis. Je m'adapte à leur volonté et à l'épidémie de covid, mais je ne m'opposerai pas à donner mon accord pour un déclassement des établissements de nuit."

Infos de dernière minute :

Ce mercredi matin, les gérants de discothèques ont reçu les aides de la Région Bourgogne Franche-Comté, soit le deuxième volet du fonds de Solidarité pour les mois de juillet, août et septembre. Antonin Borie précise que "vraisemblablement, ce n'est pas encore le cas de tous les établissements".

Une aide régionale est également prévue pour les mois d'octobre, novembre et décembre, "mais on ne sait pas encore si on touchera quelque chose pour janvier, février et mars 2021", souligne le président du BBRBU, en précisant que les mois de mars, avril, mai et juin 2020 "sont passé à la trappe pour nous, soit 1.500€ par mois.

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