Bourgogne Franche-Comté : les entreprises résistent-elles à l’inflation ?

Publié le 11/10/2023 - 17:03
Mis à jour le 12/10/2023 - 16:42

Début octobre 2023, le directeur départemental de la Banque de France dans le Doubs, Jean-Luc Mesure, a présenté les derniers chiffres des entreprises en Bourgogne Franche-Comté en cette période d’inflation et d’après Covid-19. Ces entreprises, résistent-elles bien dans la région ? Réponses.

Commerce, construction, industrie, services aux entreprises, services aux particuliers… Selon les derniers chiffres d’un échantillon de 9.233 entreprises de Bourgogne Franche-Comté (30% de l’emploi total) arrêtés fin 2022, ”il y a eu finalement une croissance importante des chiffres d’affaires et cela intègre fortement un effet prix, c’est-à-dire que les entreprises ont augmenté leurs prix, quel que soit leur domaine”, constate Jean-Luc Mesure.

Un effet prix qui a pour but de faire face à une énorme évolution des coûts de production qui a eu lieu en 2022. Ce n’est pas seulement le coût des énergies, c’est aussi le prix des matières premières telles que les métaux et matières plastiques qui a fortement augmenté. Un phénomène qui est aujourd’hui en train de stagner voire de baisser, mais qui a déterminé les situations de trésorerie des entreprises pour commencer l’année 2023.

© Banque de France

  • Tourisme, cafés, hôtels, restaurants, un secteur qui rattrape très bien sa période Covid

Lorsque l’on observe les chiffres de la Banque de France, une courbe très haute à +42,3% est notable sur le secteur du tourisme, café, hôtels, restaurants. ”On ne voit jamais ça, on est dans la fin du rattrapage de la période Covid, de tout ce que les entreprises de ce secteur ont perdu pendant le Covid”, commente le directeur départemental.

2022, une année économique résistante…

Au sujet des marges brutes* des entreprises de la région, elles ont augmenté. Un peu plus de la moitié des entreprises ont vu une hausse de leur marge brute soit : 47% dans le commerce, 56% dans la construction, 52% dans l’industrie, 53% dans les services aux entreprises et 52% dans les services aux particuliers. ”Malgré l’augmentation des coûts des matières et de l’énergie, ce qui était une catastrophe quand on entendait cela en 2022, mine de rien, il y a quand même un certain nombre d’entreprises qui ont augmenté leurs marges”, explique Jean-Luc Mesure, ”donc c’est positif, finalement, 2022 a été une bonne année économique, une année résistante”. Tout cela dans un contexte international compliqué et incertain en raison de la guerre en Ukraine à partir du 24 février 2022. Le secteur de l’industrie fait tout de même exception étant particulièrement confronté à la hausse des matières et de l’énergie. 

Si l’on compare les chiffres de l’année 2022 à ceux de 2019, année de référence avant le Covid, les courbes des taux de marge brute de 2022 sont bien plus élevées que celles de 2019. En revanche, elles ont tendance a être légèrement inférieures à celles de 2021. ”C’est quand même une super nouvelle de voir que malgré des chocs très forts qu’on a encaissés, la situation tient”, observe le directeur départemental de la Banque de France.

© Banque de France

*marge brute : c’est la richesse qu’il reste à l’entreprise après les coûts d’achat des matières, les frais généraux et les frais de personnel

Oui, les salaires ont augmenté

D’un point de vue de la masse salariale (charge des personnels) des entreprises de Bourgogne Franche-Comté, il est en forte hausse dans tous les secteurs d’activité : entre 2021 et 2022, +6,3% d’évolution sur l’ensemble des secteurs, +5,5% dans le commerce, +3,4% dans la construction, +4,9% dans l’industrie, +7,2% dans les services aux entreprises, +12,3% dans les services aux particuliers.

© Banque de France

Cette augmentation s’explique par une inflation forte en 2022 avec des revendications salariales fortes, mais aussi par une pénurie de main d’œuvre dans tous les compartiments de l’économie : ”si les chefs d’entreprises veulent garder leur main d’oeuvre, ils doivent augmenter les salaires”, explique Jean-Luc Mesure. ”Et c’est là qu’on voit par exemple la très forte augmentation du poids de la masse salariale dans les services aux particuliers, c’est pour ça que l’économie tient. Oui, il y de gros problèmes, l’inflation, etc. mais l’augmentation de la masse salariale est énorme, c’est typiquement un restaurant, un hôtel, il y a une telle rotation de main d’œuvre que le chef d’entreprise qui veut garder son chef de cuisine, il a intérêt à l’augmenter.”

Investissements des entreprises : ”le verre à moitié vide et à moitié plein”

Selon les chiffres de la Banque de France, les investissements des entreprises restent en progression, mais à un rythme ralenti. ”C’est un indicateur du dynamisme de l’économie pour l’avenir, les investissements que l’on fait aujourd’hui sont les activités qu’on va faire demain, et là, on peut voir le verre à moitié vide et à moitié plein”, selon le directeur départemental de la BF. Si on regarde l’ensemble des secteurs économiques, les flux agrégés d’investissements par rapport à 2021 sont en hausse de 4,3%. Pour M. Mesure, ”on peut dire que c’est bien parce que ça continue de monter après une forte augmentation en 2021, mais ça augmente moins vite, le rythme des investissements ralentit, mais l’économie ne recule pas”. 

© Banque de France

Pourquoi ce ralentissement ? Il explique qu'à cette époque, ”les incertitudes augmentent avec la guerre en Ukraine, les taux d’intérêt vont commencer à augmenter à la fin de l’année, on nous annonçait une année 2023 très compliquée, peut-être même une récession, or, ce qu’il faut retenir et qui se vérifie dans les chiffres, c'est que le bateau continue d’avancer, mais moins vite.”

La dette bancaire, beaucoup moins sollicitée par les entreprises

En 2022, 58% des entreprises ont réduit leur endettement bancaire, soit 60% des entreprises dans le commerce, 58% dans la construction, 56% dans l’industrie, 53% dans les services aux entreprises, 60% dans les services aux particuliers. Cette baisse s’explique par une prise de conscience des chefs d’entreprises : ”ils ont pris des mesures prudentes qui ont contribué à réduire leur endettement, ce qui est bien sur le plan financier”, selon Jean-Luc Mesure, ”tout se rembourse et cela veut dire qu’ils prennent sur leur trésorerie, donc on a des situations de trésorerie qui s’abaissent, c’est un choix, un bon choix de gestion”. 

© Banque de France

Par ailleurs, la capacité de remboursement des dettes bancaires des entreprises reste satisfaisante en Bourgogne Franche-Comté. Les 3/4 des entreprises remboursent leurs dettes en 3,5 ans. En revanche, l’industrie et les services aux particuliers (commerce) mettent plus de temps, soit plus de 7 ans, la situation est plus tendue, "le secteur du commerce étant le plus en danger, mais ce n’est pas la catastrophe”, souligne Jean-Luc Mesure, ”ce ne sont pas des choses qui nous inquiètent”, ajoute-t-il. Pourquoi ? Les commerces vendent moins, mais à des prix plus élevés. Enfin, il y a moins de faillites qu’en 2019.

Globalement, ”ça tient le coup”, confirme Jean-Luc Mesure, ”même si tout n’est pas tout beau tout rose, ça tient le coup, c’est bien de le dire.”

Fin août 2023, de premiers chiffres positifs

  • Carnets de commandes réduits, mais satisfaisants

Suite à une enquête flash réalisée grâce à un échantillon d’entreprises relevé fin août 2023, soit sur les deux premiers trimestres de l’année, on constate que :

  • dans le secteur de l’industrie, l’activité continue de tenir bon ;
  • Dans le secteur des services, l’activité est en baisse, la situation est beaucoup moins positive. Ce phénomène s’explique notamment par "une baisse de la main d’oeuvre dans les entreprises d’emploi temporaire et une baisse de l’activité des cafés et des restaurants au mois d’août en raison des fortes chaleurs", selon M. Mesure.
  • Dans le secteur du bâtiment, la situation se dégrade pour plusieurs raisons, dont la hausse des taux qui freine le marché immobilier. ”Le bâtiment va entrer dans une zone difficile”, affirme le directeur.
  • Dans le secteur des travaux publics, les chiffres démontrent une bonne situation grâce aux commandes publiques. ”En loca, c’est grâce à la commande publique qui a bien joué le jeu, avec le Département du Doubs, Grand Besançon Métropole, l’État, c’est bien de le noter”, précise le directeur, ”on arrive dans l’hiver, où il y a un vrai ralentissement, mais on n’est pas inquiets pour l’hiver et le printemps”.
  • Des marges encore sollicitées, mais satisfaisantes

Lors de l’enquête régionale sur les marges, les chiffres de fin août 2023 montrent que 47% des entreprises dans les services aux particuliers voient leurs marges se dégrader. Pourquoi ce phénomène ? Pour Jean-Luc Mesure, c’est à cause ”des prix d’achat des frais généraux, des emballages, des transports, mais pas trop la masse salariale, qui est citée en dernier”. 

Les projections macro-économiques en France pour 2024

En début d’année, on pensait qu’on allait être en récession, mais nous le sommes pas, la croissance étant à 0,9% en France. "L’inflation en 2023 est à 4,7%, donc on est en train de gagner notre pari sur l’inflation, on a passé le pic de l’inflation", affirme Jean-Luc Mesure. Pour l’année 2024, la Banque de France estime une inflation à 2,6%, puis 1,8% fin 2025. 

  • Qu’est-ce qu’il va se passer en 2024 ?

”On pense qu’il y aura plus de consommation”, suppose Jean-Luc Mesure, ”les gens achètent moins d’immobilier à cause des taux et du prix des biens, donc ils achèteront autre chose et consommeront plus que cette année”.

Concernant l’emploi en France, une surprise a été notée : la création de 300.000 emplois en 2023. ”Entre ceux qui partent et ceux qui entrent, il n’y a jamais eu autant d’emploi en France que cette année, la masse de gens qui travaillent n’a jamais été aussi importante en France”, note le directeur départemental, ”à titre d’exemple, à Besançon on est à moins de 6% de chômage, 4,5% dans le Haut-Doubs, (…), mais on pense qu’il y aura quelques destructions d’emplois en 2024.”

Pourquoi l’inflation baisse-t-elle ?

Dans le panier de la ”ménagère”, il faut savoir que :

  • l’énergie représente 10% du panier ;
  • Alimentation = 20% ;
  • Manufacturé (TV, téléphone, ordinateur, électroménager…) = 24% ;
  • Services (loyer, coiffure, Netflix, restaurant, mode…) = 46%.

En 2022, il y avait beaucoup d’inflation sur l’énergie, mais elle va baisser. ”Le gaz est revenu à son prix d’avant crise en Ukraine et l’alimentaire va baisser”, affirme Jean-Luc Mesure, ”mais attention, les effets seront différents dans les entreprises et chez les particuliers. Pour autant, il ne faut pas s’attendre à une baisse des prix, la baguette de pain ne pas redescendre pas à 1€, les salaires vont augmenter, mais un peu moins vite, les gens devraient gagner en pouvoir d’achat l’année prochaine".

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Infos +

Le département du Doubs représente 20% de l’emploi en Bourgogne Franche-Comté.

Infos pratiques

  • Banque de France
  • 19, rue de la Préfecture - 25 000 Besançon

Comment joindre la Banque de France ?

  • Chefs d’entreprises, surendettement, droit au compte bancaire, une question à poser, ... Pour joindre la Banque de France, il suffit d’appeler au 3414 (gratuit) ou de se rendre sur le site de la Banque de France www.banque-france.fr

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