Confinée en appartement avec les symptômes du covid-19, une Bisontine témoigne

Publié le 23/03/2020 - 14:00
Mis à jour le 12/02/2021 - 17:44

TEMOIGNAGE • Clara*, Bisontine de 24 ans, est confinée chez elle avec les symptômes du Covid-19. Tout porte à croire qu’elle l’a attrapé, mais les médecins ne font plus les tests ; alors, elle reste chez elle, attendant que l’orage passe. Avec ses doutes, son ennui, parfois ses angoisses ; mais aussi avec sa reconnaissance pour les autres et sa bonne volonté. Récit grand format.

Durant le confinement du printemps 2020 ... © CT
Durant le confinement du printemps 2020 ... © CT

"Je m’appelle Clara, j’ai 24 ans et je suis éducatrice spécialisée. Dans mon travail, j’accompagne des étrangers, principalement d’Afrique, passés soit par l’Espagne, soit par l’Italie. On savait qu’on prenait des risques ; la semaine précédant le confinement, on évitait juste tout contact physique, on aérait les pièces après chaque entretien, on se lavait les mains régulièrement, etc.

Le lundi 16 mars, l’accueil au public a été fermé puis nos entretiens ont été mis en suspens. On est reparti du service en fin de journée en prenant plusieurs vieux masques FFP2 datant de 2001.

"Le soir-même, j'ai réalisé que j'avais une bonne partie des symptômes"

C’est ce jour-là que j’ai commencé à avoir une légère douleur au niveau des bronches, et l’après-midi même, à avoir mal à la tête, ce qui ne m’a pas tellement alertée sur le moment.

Le soir-même, j’ai réalisé que j’avais une bonne partie des symptômes du Covid-19. Quand je me suis couchée, j’ai commencé à mal respirer, à avoir des frissons et à être pleine de sueurs, toujours avec ces maux de tête et ces douleurs au niveau des bronches qui ne me quittaient pas. Le lendemain, mardi, j’avais rendez-vous chez le médecin juste en bas de chez moi pour tout autre chose. Ensuite, j’avais prévu de rentrer pour midi chez mes parents, qui habitent à la campagne, pour ne pas rester coincée dans mon petit studio.

"Le médecin ne pouvait pas me faire de test"

J’ai expliqué au médecin ce que j’avais, il a écouté ma respiration, a pris ma température, m’a posé quelques questions sur mon niveau d’essoufflement, mon niveau de fatigue, etc. Il m’a dit que j’avais 38.7°C de température et que j’avais tous les symptômes du Covid-19 à savoir : gêne respiratoire, maux de tête, toux sèche, fièvre, courbatures, sueurs, frissons, essoufflement, fatigue. Il m’a dit qu’il ne pouvait pas me faire les tests pour être sûr à 100%, par manque de moyens je pense.

"Il m'a prescrit des dolipranes, du sirop et de la ventaline"

Il m’a juste prescrit des boites de doliprane pour la fièvre, du sirop aux plantes pour la toux, une solution aux huiles essentielles pour des inhalations par vapeur, et de la ventoline en cas de crise (j’ai toujours eu un peu d’asthme). Je ne peux plus prendre mon inhalateur habituel, les anti-inflammatoires pouvant aggraver la maladie. Il m’a aussi mis en arrêt de travail pour trois semaines, en me disant que c’était le minimum et qu’on aviserait en fonction de mon état pour une prolongation ou une fin d’arrêt.

Le médecin m’a également dit que j’avais de la chance d’avoir des masques FFP2, même vieux, et que les leurs l’étaient également.

"Je suis restée à Besançon, dans mon appartement, plutôt que de me risquer à contaminer mes parents"

Sur les choses à faire, il m’a conseillé de demander à quelqu’un de faire les courses pour moi, de  ne bien évidemment pas sortir du tout et de ne pas appeler le 15 trop rapidement. Il m’a dit que si jamais j’étais essoufflée ne serait-ce qu’en montant trois marches, c’était le moment d’appeler le 15, mais qu’il ne fallait pas non plus attendre le dernier moment. Surtout en vivant seule. Il a essayé de me rassurer en disant qu’il n’y avait aucun cas graves connus à ce jour en-dessous de 30 ans.

Je lui ai demandé ce qu’il pensait du fait d’aller chez mes parents pour le confinement. Il m’a répondu qu’il était préférable de rester chez moi, que je pouvais les contaminer ; mais qu’il était possible d’y aller, si je restais enfermée seule dans une pièce où mes parents et ma sœur n’iraient pas.

Donc j’avais deux possibilités : soit je restais enfermée, seule, dans mon petit 30m2 avec pour seule ouverture deux velux de toit ; soit j’allais chez mes parents m’enfermer dans une pièce, mais avec la possibilité d’avoir deux hectares d’espace vert... Au risque de contaminer mes parents et ma sœur. Bien évidemment j’en ai discuté avec mes parents, et je suis restée à Besançon dans mon appartement.

"En rentrant chez moi, crise d'angoisse"

En sortant de chez le médecin, je suis tout de suite allée à la pharmacie récupérer ce qu’il m’avait prescrit, pour ensuite rentrer chez moi me confiner. Ils n’ont pas pu me donner la solution aux huiles essentielles pour les inhalations par vapeur, car ils n’en avaient plus et ne pouvaient pas me donner d’équivalence. Le pharmacien m’a conseillé, sur le ton de l’humour, de cacher mes masques FFP2, que la police pourrait les réquisitionner. Ça m’a fait doucement rire.

Ensuite, je suis rentrée chez moi. En montant les quatre étages de mon immeuble, j’ai commencé à faire une crise d’angoisse. En fait, je me suis sentie envahie d’un coup, ça m’a angoissée, et la seule chose que j’avais en tête c’était de m’enfermer chez moi, que personne ne me voie dans cet état. J’ai pris ma ventoline pour calmer ma respiration et j’ai prévenu mes collègues et ma chef de service pour qu’ils soient tous au courant et qu’ils soient eux-mêmes attentifs à leur état de santé. Le soir-même, au moment de me coucher, j’ai commencé à hyperventiler, mon rythme cardiaque s’est accéléré, et j’ai dû reprendre ma ventoline pour me calmer.

"Mon entourage est le plus puissant des réconforts"

Du coup voilà où j’en suis : depuis mardi, je ne suis pas sortie une seule fois pour me dégourdir un peu et profiter du beau temps. Je reste dans mon petit studio sous les toits, avec mes velux, je prends mes médicaments, je prends le temps de bien manger, je fais du tri dans mes affaires pour m’occuper un peu, je lis et je regarde Netflix (merci à eux d’exister !), parce que je n’ai pas la télé.

Mes collègues et ma chef de service m’envoient des messages régulièrement pour savoir comment je vais, et je les en remercie. J’ai un ami qui habite à quelques minutes de chez moi, qui fait mes courses quand j’en ai besoin, qui fait attention à moi. J’ai ma famille aussi qui me demande des nouvelles et je suis contente de savoir que personne dans mon entourage n’est touché par la maladie.

Mes grands-parents sont très inquiets. Ils appellent ma mère pour savoir comment elle me trouve et tous les soirs, ils m’appellent aussi. Je sais qu’ils regardent beaucoup la télé et je pense que les médias, avec leur côté anxiogène, les font un peu paniquer. J’ai beau essayé de les rassurer, je sens qu’ils s’inquiètent énormément. En tous cas, mon entourage est le plus puissant des réconforts.

"C'est surtout le soir que c'est compliqué"

Au niveau de mon état de santé, je ne me plains pas. Comme le médecin l’a dit, je ne fais pas partie des profils à risque grave. La journée ça va plutôt bien, même si j’ai constamment mal aux bronches et mal à la tête malgré les médicaments. C’est surtout le soir que c’est plus compliqué.

Hier soir, j’ai de nouveau été mal. Je me suis mise à hyperventiler, à suer, à frissonner et à beaucoup tousser. J’avais des fourmillements dans les doigts et au niveau des lèvres. J’ai à nouveau pris ma ventoline et j’ai attendu que ça passe. Ça a duré environ une heure, et j’ai ensuite mis quelques heures avant de pouvoir m’endormir vers 4h du matin. Je pense de toute façon que la seule chose à faire est d’attendre que ça passe et que ça ne sert à rien de paniquer, en tout cas je ne suis pas inquiète pour moi.

"Un voisin joue du saxophone à la fenêtre"

Tous les soirs, j’ai un voisin qui se met à sa fenêtre pour jouer du saxophone. Du coup, je me mets à mon velux et je l’écoute jouer, parce que c’est vraiment magnifique. La musique me permet vraiment de me sentir moins seule. Ça donne un peu de vie chez moi, ça me permet de chanter et de m’évader un peu. Donc je mets souvent de la musique.

Et à 20h, j’applaudis tout le personnel médical, qui bataille pour sauver les vies des personnes malades du mieux qu’il peut, avec les moyens qu’il a. J’applaudis aussi les travailleurs sociaux qui continuent à accompagner les personnes dans le besoin, enfants, personnes en situation de handicap, etc. J’applaudis également tous les autres professionnels qui sont contraints de contribuer au bon déroulement du confinement en travaillant en dehors de chez eux, les policiers, les chauffeurs de bus, les commerçants, etc.

Et enfin, j’applaudis aussi les personnes malades pour les soutenir dans leur souffrance."

(* : le prénom a été changé)

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