Covid-19 : "un chemin" toujours possible pour éviter le reconfinement, affirme Attal

Publié le 11/02/2021 - 13:30
Mis à jour le 11/02/2021 - 08:35

La France peut-elle passer l’hiver sans confinement ? Les indicateurs de l’épidémie de Covid-19 sont stables, voire en légère baisse, mais la propagation des variants du coronavirus fait toujours planer la menace d’une aggravation de la situation, avertissent des médecins et des épidémiologistes.

Couvre-feu à Besançon ©Alexane Alfaro ©
Couvre-feu à Besançon ©Alexane Alfaro ©

"Il existe bien un chemin pour éviter le reconfinement", estime le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal au vu de l'évolution de l'épidémie de Covid-19, "sur un plateau haut, même s'il apparaît légèrement déclinant depuis une semaine". "Il faut rester extrêmement prudents, la situation reste fragile", a-t-il souligné mercredi lors du compte-rendu du Conseil des ministres, alors que "la situation épidémique a peu évolué depuis deux semaines".

Les chiffres semblent confirmer jour après jour que la circulation du coronavirus n'explose pas. 135.190 personnes ont été testées positives la semaine dernière de lundi à samedi, contre 140.445 la semaine précédente, qui était déjà stable. Mardi, le taux de positivité (le pourcentage de cas détectés de Covid sur la totalité des tests) s'établissait à 6,3%, en baisse continue depuis le 28 janvier (7,1%).

Mais la baisse de 2% de l'incidence du virus sur une semaine démontre selon lui qu'"il existe bien un chemin pour éviter le reconfinement". "Il n'est pas large mais il existe et nous aurions tort de ne pas tout mettre en oeuvre pour y parvenir", a estimé M. Attal en saluant "la responsabilité extraordinaire des Français" et en répétant que le reconfinement doit être "l'ultime recours".

Le ministre de la Santé Olivier Véran avait estimé mardi qu'"il est évidemment possible et souhaitable qu'on ne soit jamais reconfinés".

Reste qu'"il est malheureusement trop tôt pour se réjouir", a poursuivi M. Attal, et "il nous faut continuer à tenir ensemble", au vu du niveau de contaminations toujours "important" (environ 20.000 cas détectés par jour), du développement des variants, et d'une campagne de vaccination "à flux tendus".

Il a aussi noté "des disparités territoriales", avec "une cinquantaine de départements" enregistrant "une baisse importante de l'incidence" du virus, "une trentaine" où elle est "stable" et "un peu plus d'une vingtaine" où elle "continue à augmenter".

Il a réitéré l'appel du gouvernement à une "remobilisation" autour du télétravail, indiquant que l'inspection du travail avait réalisé "près de 2.800 interventions dans les entreprises".

Le porte-parole du gouvernement a par ailleurs tiré un premier bilan de la fermeture des frontières françaises et du renforcement des contrôles: "plus de 1.000 personne ont fait l'objet d'une mesure de non-admission sur le territoire national, dont près de 200 réembarquements immédiats", et "1.444 personnes" n'ont pu sortir du territoire "faute de motif impérieux approprié".

Conséquence, les flux de passagers ont enregistré "une nouvelle chute très importante", par exemple 70% de départ en moins vers les Outre-mer, 40% de moins vers les pays hors Union européenne, 85% vers la République dominicaine ou 80% vers la Tunisie.

La crainte des variants

Mais la propagation des variants du coronavirus, qui ont d'abord circulé au Royaume-Uni, en Afrique du sud et au Brésil, fait toujours peser une menace. Ces derniers jours, des cas de variant sud-africain ont été détectés dans plusieurs établissements scolaires, à Eaubonne (Val d'Oise), Colmar, Mulhouse (Haut-Rhin) ou aux Sables-d'Olonne (Vendée), entraînant des fermetures de classes temporaires.

Le virologue Bruno Lina, membre du conseil scientifique chargé d'éclairer le gouvernement, a confirmé mercredi sur France Inter que le variant anglais, qui s'avère plus contagieux, se situe aux alentours de 30 à 35% des cas en Ile-de-France.

Mais "pour l'instant, on a l'impression d'un certain freinage de ce virus, même s'il deviendra majoritaire", "quelque part entre le 1er et le 15 mars", a relevé le scientifique, chargé de suivre l'évolution de ces nouvelles formes.

Selon cette hypothèse, ce variant progresserait moins vite en France qu'au Portugal ou au Royaume-Uni, parce que des restrictions sanitaires, comme la fermeture des bars, restaurants et lieux culturels, puis le couvre-feu à 18H00, étaient déjà en cours pour ralentir sa progression. Le gouvernement compte aussi sur les vacances scolaires, qui ont démarré lundi sur une partie de la France et vont se dérouler jusqu'au 8 mars, pour que l'épidémie reste maîtrisée.

"Tout l'enjeu est de voir si l'équilibre, même fragile, peut être maintenu", a ajouté Bruno Lina, comparant le confinement à une "bombe nucléaire", "une arme extrêmement efficace mais avec des conséquences terribles".

"On est au début d'une courbe exponentielle. Les modèles prédisent une explosion pendant la première quinzaine de mars. Si l'on a vraiment un variant britannique dominant qui est 50% plus transmissible", les "nombres de cas et d'hospitalisations (...) seront bien au-dessus de ceux de l'année dernière lorsqu'on est monté à 7.000 patients en réanimation", assure l'épidémiologiste Dominique Costagliola dans L'Obs, parlant de "prévisions (...) assez apocalyptiques".

Pour cette chercheuse de l'Inserm, qui aurait "profité du mois de février, pendant lequel chaque zone géographique a deux semaines de vacances, pour confiner tout le monde pendant quatre semaines", "on peut seulement retarder l'échéance. En espérant qu'un grand nombre de personnes soient vaccinées d'ici-là".

Après avoir renoncé in extremis à y recourir fin janvier, le gouvernement s'accroche à sa promesse de tout faire pour éviter un troisième confinement.

Une gageure selon des médecins et épidémiologistes. "Il ne faut plus avoir peur d'un confinement total, à condition qu'il soit de courte durée", estime dans une tribune au Monde le directeur médical de crise de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Bruno Riou, en soulignant que "de mi-décembre 2020 à début février, malgré les mesures restrictives prises, l'épidémie a continué à prendre de l'ampleur" et que ce scenario ne satisfait ni les médecins, ni les restaurateurs, ni les étudiants, ni les économistes.

Le secteur de l'interim a aussi fait les frais de la crise sanitaire, avec un recul de 23,6% du travail temporaire en 2020, soit près de 185.000 emplois intérimaires en équivalent temps plein, selon le baromètre de la fédération du secteur, Prism'emploi, publié mercredi. L'Insee estimait récemment le nombre total d'emplois détruits dans le privé à 360.000 en 2020, dont 40.000 dans l'intérim.

(Avec AFP)

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